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Free fall

Plusieurs hypothèses à la vue de ce triste Free fall : soit Stephan Lacant, réalisateur de cette merde, est un hétéro qui n’aime pas les pédés (consciemment ou non), soit un hétéro qui n’a rien compris aux pédés, soit un pédé qui ne jure que par The birdcage et Pédale dure, soit un pédé encore dans le placard, soit un sombre idiot en plus d’être un mauvais dialoguiste et un mauvais metteur en scène, soit une lesbienne de l’espace qui ne connaît absolument rien à l’espèce humaine et à ses innombrables subtilités. Perso, je penche pour la dernière option… Sur une trame rebattue depuis la nuit des temps (l’éternel triangle amoureux et adultère) avec un beau gosse en troisième roue du carrosse, Free fall enchaîne poncifs et clichés avec une assurance qui confine à l’ineptie.

Quelques exemples concrets (parmi tant d’autres) pour bien situer le problème : le mec qui découvre, quasiment du jour au lendemain, qu’il est attiré par un autre mec (à la rigueur, les questions que l’on peut se poser à ce sujet sont intéressantes, le fait-il pour conjurer la peur ou le rejet d’une future paternité, a-t-il en lui des désirs refoulés depuis longtemps, mais ces questions sont très vite annihilées par la débilité du scénario), la nana (toujours le rôle ingrat dans ce genre d’histoire) qui sent le truc à des kilomètres sans pouvoir rien faire à part débiter des répliques éculées ("Je ne peux même pas être jalouse") ou tenter de doigter son mec sous la douche, le mec qui chuchote au téléphone pratiquement devant sa nana ou tire la tronche (super discret) dès que son amant débarque quelque part ou qu’on parle de lui…

Pompon sur le pompon, la mère du mec qui le surprend en train d’embrasser son amant alors que le mec, qui souhaite que sa liaison reste secrète, fait ça en plein milieu d’un couloir d’hôpital en sachant que sa mère va débarquer d’une seconde à l’autre… On rit (la tête de la mère quoi). On rit souvent. On rit involontairement (parce que parvenir à se marrer devant un drame psychologique allemand, faut quand même le vouloir). Et dire que le scénario a été développé pendant plus de trois ans… Trois ans, sérieusement ? Trois ans pour ça ? Le propos, plutôt alléchant à la base (quelle vie choisit-on de vivre ? Pour qui, pour quoi ?) est bêtement ramené à celui d’un roman de gare ou d’un Harlequin tentés par le côté obscur de la tapette.

Les interprètes, plutôt pas mal, ne peuvent pas grand-chose pour sauver cette intrigue de boulevard réchauffée et lourdingue, encore que Hanno Koffler en fasse un peu trop dans le type qui se pose trois milliards de questions existentielles en fumant cigarette sur cigarette, le regard au loin et la mâchoire crispée (qu’il semble loin le temps de Tom Cullen et de Chris New dans Week-end). Éprouver la force imparable du désir autant que son déni, le trouble passionnel autant que la frustration… Bousculer les modèles hétéro-normés (avoir une femme, avoir un enfant, avoir une vie normale dans une maison normale)… Sonder cette peur de pouvoir tout perdre, d’être jugé "différent" dans une société (et un milieu social) aux mentalités engourdies… Voilà les thèmes passionnants que Free fall cherchait à porter et à développer, mais qu’il saccage en beauté, sans merci.
 

Théorie du genre sur SEUIL CRITIQUE(S) : L’inconnu du lac, Week-end, Tomboy, A single man, Tu n’aimeras point, Beautiful thing.

Free fall
Tag(s) : #Films

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