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Tom à la ferme

Dolan et l’amour, c’est réglé. Emballé. Terminé. Terminé l’amour maternel (J’ai tué ma mère), l’amour toqué (Les amours imaginaires) et l’amour du genre (Laurence anyways). Et du genre, Dolan a décidé de s’y frotter. Le genre thriller intimiste en milieu rural parmi les vaches et les paysages brumeux, là où ça sent la boue et l’étable, la bière et les frustrations. Adapté d’une pièce de théâtre de Michel Marc Bouchard, Tom à la ferme en fini avec le style Dolan, ce style si stylé qui en irrita plus d’un. Fini les flamboyances et les froufrous, les ralentis prodigues et les refrains pop. Dolan balance ses tics et ses tocs et la joue plus classique (ou moins arty) pour raconter l’histoire de ce jeune publicitaire débarqué à la campagne pour les funérailles de son petit ami, et empêtré soudain dans les pattes de sa famille un peu bizarre, un peu spéciale.

Empêtré et malmené surtout par Francis, le frère, belle bête du coin, spécimen rugueux et agressif. Entre violence et attirance, tango dans la grange et torgnoles dans la gueule, Tom se laisse faire, accepte la brutalité émouvante de Francis qui, crevé de solitude, empêché par une mère autoritaire, éprouve le besoin de s’extirper, de partir, de vouloir exister, mais qui ne peux pas. Une sorte de sujétion affective (et physique) se créé entre ces deux-là, sujétion pour combler le vide qu’a laissé Guillaume, ce frère disparu, ce fils dans la tombe, cet amant qui n’est plus là sinon dans le souvenir d’un parfum. Cet absolu que chacun embrasse et a embrassé, à sa manière.

Tom reste à la ferme parce qu’il semble construire son deuil de cette façon, près de cette mère qui ne sait (ou le sait-elle vraiment ?) la vérité sur son fils défunt et sa liaison avec Tom (et Sara), et de ce frère brutal et désirable, plus fragile qu’il n’y paraît, décelant en Tom un écho à sa part de liberté. On reste néanmoins lésé, insatisfait à la fin. Il y a comme un manque quelque part. On aurait voulu que la lutte engagée, que les affinités singulières entre le hipster peroxydé et le pécore massif provoquent plus de remous, plus de tensions, plus de vertiges, à l’image de ces séquences dans le champ de maïs ou quand Francis étrangle Tom qui retourne la situation à son "avantage".

Soutenu par les accords saillants de Gabriel Yared, Tom à la ferme maîtrise son récit, maîtrise ses effets, mais s’affaiblit à l’instant de son dénouement quand survient cette scène dans le bar, plutôt maladroite, plutôt arrangeante, trop pratique dans son aspect "explication de texte", dans la virevolte psychologique de Tom et dans son retour en ville. Des Moulins de mon cœur de Kathleen Fortin au Going to a town de Rufus Wainwright, Dolan (re)joue la partition du mensonge, de l’ecchymose et de la séduction trouble. Partition pour quatuor ébranlé, quatre figures d’une fourberie humaine qui s’érige à coups d’illusions et à coups de poings.
 

Xavier Dolan sur SEUIL CRITIQUE(S) : J’ai tué ma mère, Les amours imaginaires, Laurence anyways, Mommy, Juste la fin du monde.

Tom à la ferme
Tag(s) : #Films

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