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Les poings contre les murs

D’abord on pense à Oz, on pense à Un prophète, on pense à Scum, à Dog pound, à Bronson, et puis après on oublie. Après on est pris dans l’ambiance, on est dans le bain. On est avec Eric, mineur dangereux, un paquet de nerfs à vif, agressif. On est avec lui, plongé avec lui dans une prison pour adultes pas commode où son père purge une peine à perpétuité. Ces deux-là ne se connaissent pas vraiment, quelques vagues souvenirs d’insultes, de visites, de cavalcades sur les genoux, et vont devoir apprendre à se (re)trouver, à s'apprià s’aimer éventuellement. Pas évident dans un environnement ultra-hostile où violences, survie primaire et règlements de compte sont les seules choses à envisager chaque jour.

David Mackenzie (le magnifique Perfect sense, c’était lui, et le sympathique Rock’n love, c’était lui aussi) et son scénariste Jonathan Asser livrent une œuvre râpeuse qui aurait gagné à resserrer davantage son propos et ses enjeux autour d’une relation filiale entravée par un système carcéral inadapté. La confrontation entre le père et le fils (et le thérapeute) suffisait pour nous captiver et nous cogner dur, et les intrigues annexes, pas franchement originales (magouilles, caïds, matons méchants et sous-directeur limite sadique), viennent court-circuiter la tension et l’émotion brute qui sourdent des réunions de groupe ou d’échanges plus confidentiels (dans les cellules, entre deux couloirs, en isolement).

D’abord incontrôlable, Eric tente par la suite de canaliser ses déchaînements et de se rapprocher, par à-coups, de ce père longtemps ignoré, trop souvent rejeté. Pour cela il lui faudra se libérer. Libérer la parole, libérer sa colère et ses démons qui le tordent, l’empêchent d’envisager une éventuelle réhabilitation. Jack O’Connell et Ben Mendelsohn sont chauds bouillants, on les sent habités et fiévreux, lui en jeune chien fou et féroce toujours aux aguets, et lui en vieux loup fatigué à qui on l’a fait pas. Ils sont comme deux animaux qui se jaugent et se reniflent, puis qui s’étreignent à la fin. Leur rédemption tourmentée, dans un tourbillon de poings, de larmes et de sang, est le vrai moteur de ce film électrique qui secoue mais oubliant, parfois, de se concentrer sur ce qui en fait sa sève.


David Mackenzie sur SEUIL CRITIQUE(S) : Comancheria.

Les poings contre les murs
Tag(s) : #Films

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