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Maryland

Variation de style pour Alice Winocour qui, après le film d’époque sur Charcot potassant l’hypnose et l’hystérie, se confronte aujourd’hui au thriller contemporain et psychologique en milieu trouble. Soit Vincent, soldat de retour d’Afghanistan en plein stress post-traumatique, chargé d’assurer la sécurité de la femme et du fils d’un riche businessman libanais, le tout sur fond de crises d’angoisse hallucinatoire et de magouilles politico-financières. Sujet de départ pas mal excitant, mais dont Winocour ne sait visiblement plus quoi faire dès qu’il s’agit d’instaurer une atmosphère et une tension, un truc qui prendrait aux tripes ou qui bouleverse, un minimum (et la musique électro-planante de Gesaffelstein n’y change, hélas, pas grand-chose).

Winocour paraît plus à son aise quand elle explore les tourments à vif de son bodyguard dont elle scrute sans cesse le visage et le corps, pris hors de leur élément (la guerre). Ce qui l’intéresse davantage, davantage qu’une sombre histoire d’hommes d’affaires et d’hommes d’État, de ventes d’armes et de fric louche, c’est l’observation d’un animal blessé en cage (la villa Maryland, ses remparts, ses portes, ses grilles…) et sa perception altérée, offensive, du monde autour de lui (par le son essentiellement), comme Augustine l’intéressait davantage que le portrait de Charcot. Du coup, elle filme Matthias Schoenaerts comme si elle en était amoureuse, de tous les plans, très près de lui, magnifiant le jeu brut de l’acteur et sa présence lourde, magnétique, bestiale. Schoenaerts qui dégage donc, et Diane qui Kruger, dans un rôle plus en retrait et moins bien servi (ou écrit, ou les deux).

Winocour est plus habile aussi dans les (rares) explosions de violence qui rappellent, de loin, le Cronenberg d’History of violence ou le Winding Refn de Drive. Construit en deux parties avec, pour motif central et point déclencheur, une agression sauvage dans l’habitacle d’une voiture, Maryland, après avoir déployé intentions et personnages dans un lent saisissement, se replie sur lui-même et dans le labyrinthe de la villa pour un huis clos meurtrier. Mais la mauvaise appréhension de l’espace (couloirs, escaliers, écrans de contrôle…) et du suspens contrarie la (bonne) volonté de Winocour à vouloir proposer un drame intimiste associé au film de genre. Effet de déséquilibre, presque d’un gâchis, qui persiste jusqu’à ce beau plan final dont l’apaisement soudain paraît bien réel, mais bien trop fragile aussi.
 

Alice Winocour sur SEUIL CRITIQUE(S) : Augustine.

Maryland
Tag(s) : #Films, #Cannes 2015

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