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The strangers

Il est balèze, Na Hong-jin, il est balèze parce qu’il arrive à se renouveler tout en proposant quasi le même film à chaque fois. Le même en terme de construction scénaristique. Le même en terme de tension qui s’emballe, se déchaîne jusqu’à nous laisser harassé. Le même dans ce mélange réussi des genres où la chronique policière côtoie soudain le surnaturel et le gore. Le même donc, mais différent. Différent cette fois dans son approche thématique ; fini les polars urbains tout crasseux (The chaser et The murderer), et ce que l’on envisageait ici comme une simple enquête campagnarde avec crimes sordides à la clé (en mode Memories of murder) va peu à peu se transformer en cauchemar horrifique et métaphysique.

Le réel dérape, rebat les cartes d’un monde révélant l’impuissance des hommes face à l’inexplicable, et surtout à eux-mêmes. C’est là l’une des grandes forces du film, celle d’opérer ces glissements progressifs du narratif tout en parvenant à maintenir une harmonie dans sa durée, et Na Hong-jin n’oublie pas non plus d’y associer cette "singularité" coréenne qui tolère un sens du grotesque dans l’écriture des personnages (héros tout sauf héroïques, faillibles et maladroits) et de certaines situations, outrancières à escient (la scène avec le "mort-vivant", délirante et surréaliste, ou cet impressionnant exorcisme devenant une transe cinématographique éblouissante).

Le film bouscule nos croyances et nos perceptions dans les figures du Bien et du Mal, indécidables, permutables (qui est victime, qui est meurtrier, qui protège, qui manigance ?), en tout cas jusqu’à l’apothéose dans cette incarnation littérale du Malin. Que l’on soit chaman ou fantôme, démon ou simple mortel, la mécanique religieuse sert à croire ce que l’on veut bien (faire) croire ou à permettre toutes les manœuvres, sans salut possible. Na Hong-jin, s’il cède parfois à quelques facilités un peu trop explicatives (qu’on dirait héritées d’un cinéma occidental mainstream), déploie une intrigue tarabiscotée (mais maîtrisée de A à Z) qui sait réserver mystères et embuscades, soutenue par une mise en scène ultra précise, nerveuse quand il faut. Qu’on se le dise, et qu’on le clame aussi : après The witch, voici une nouvelle machine infernale capable de nous venger des affronts tels que Conjuring, Insidious et Cie.
 

Na Hong-jin sur SEUIL CRITIQUE(S) : The chaser, The murderer.

The strangers
Tag(s) : #Cinéma asiatique, #Cannes 2016

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