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Comancheria

Sur le papier et dans les intentions, il y avait vraiment tout pour plaire. David Mackenzie à la mise en scène (le très beau Perfect sense), Taylor Sheridan au scénario (après le puissant Sicario), Nick Cave et Warren Ellis à la musique, Jeff Bridges et Ben Foster (bon OK, et Chris Pine) à l’interprétation, ambiance tendue et poussiéreuse à la No country for old men (auquel on pense chaque seconde tant Comancheria cherche à lui ressembler, et jusqu’à Bridges faisant le lien avec les Coen et Tommy Lee Jones) : tout ça donnait quand même pas mal envie. Envie d’un polar sec sous le soleil dur du Texas et ses ciels bas, ses flingues, ses villes désolées et ses paysages grandioses. Un polar assez balèze pour tutoyer les sommets, pourquoi pas.

Et donc tout ça fonctionne à merveille, il n’y aurait presque rien à redire (tout est dans le presque) : la mise en scène de Mackenzie assure, tranquille et ciselée, le scénario de Sheridan aussi, ciselé et tranquille, la musique de Cave et Ellis met bien dans l’ambiance country locale, Bridges et Foster (bon OK, et Pine) font leur grand numéro de shérif bougon et de petit truand notoire avec accent des grands jours. Pour l’ambiance tendue et poussiéreuse du classique des Coen, là en revanche faudra repasser. Si Comancheria a clairement une certaine allure, voire une ambition certaine, il reste pourtant sans surprises tout au long de son intrigue qu’on a l’impression d’avoir vu des centaines et des centaines de fois.

Certes, l’essence même du scénario est assez habile (voler un groupe de banques pour rembourser un prêt à ce même groupe de banques) et dénonce, au passage, ce système bancaire impitoyable qui construit les propres faillites d’une Amérique socialement agonisante, sans plus de terres à conquérir ni de grands rêves à espérer. Mais ça ne suffit pas pour insuffler un semblant d’originalité, une vraie identité au film malgré la belle dynamique des duos en action (les deux frères poursuivis par les deux flics, avec un savoureux numéro de Bridges et Gil Birmingham se volant constamment dans les plumes). Comancheria (que l’on brûle donc le traducteur du titre original, Hell or high water), avec ses airs de western sur fond de subprimes, n’est qu’une futile distraction qui sent la bière chaude et le vieux jean usé.


David Mackenzie sur SEUIL CRITIQUE(S) : Les poings contre les murs.

Comancheria
Tag(s) : #Films, #Cannes 2016

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