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Tunnel

Un soir, Kim Seong-hun a dû regarder à la suite Daylight et Le gouffre aux chimères en se disant que, lui aussi, pouvait faire un film avec un type coincé sous les décombres d’un tunnel essayant de survivre comme il peut (et jusqu’à ce que les secours parviennent à le sauver), tout en n’oubliant pas (surtout pas) de montrer l’inévitable dégueulasserie du monde à côté : politiques prompts à reluire leur image, journalistes avides de sensations, opinion publique influençable, barnum médiatique (qu’on se souvienne, par exemple, du calvaire des mineurs argentins ou de l’agonie d’Omayra Sánchez). En plus ça tombe bien, il existe déjà un roman (de So Jae-won) relatant exactement ce genre d’événement et dont va s’accommoder Kim Seong-hun.

Après l’intéressant (mais pas totalement abouti) Hard day, polar noir dans la veine des frères Coen, Kim Seong-hun se tourne donc vers le film catastrophe (standardisé et surreprésenté par Hollywood, notamment au début des années 70) en cherchant à le confronter à la légendaire excentricité coréenne (mélange d’humour trash, de cocasserie et de gravité). Si l’ajout d’un deuxième rescapé (une jeune lycéenne avec son chien) ne sert finalement pas à grand-chose, sinon à donner l’impression de remplissage et de justifier quelques embardées émotionnelles, le film a le mérite d’éviter, généralement, la surenchère pyrotechnique et celle aussi dans les violons, la guimauve et le patriotisme bienveillant.

Sauf qu’en plus de personnages pour la plupart assez mal développés (si l’on excepte les deux principaux, Jung-soo le héros et Dae-kyeong le chef des sauveteurs) et d’une durée un rien excessive qui, clairement, finit par nuire à son intérêt et son suspens, Tunnel ne fait qu’enchaîner enjeux et actions déjà vus des centaines de fois (adieu donc, fougue coréenne, dont il ne reste que gravats et poussière) dans ces centaines de films catastrophe et survivals en lieu clos. Kim Seong-hun en déroule les chronologies usuelles, laissant peu de place à l’audace et aux surprises, même si, comme en contrepartie, comme s’excusant de ça, il parvient à se jouer, avec virtuosité, de l’esthétique et des contraintes d’un espace ultra limité. La tentative a de quoi séduire, et la tentative est plaisante, mais révèle trop vite ses limites et un imperceptible formatage mainstream.

Tunnel
Tag(s) : #Cinéma asiatique

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