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Transfiguration

Comment renouveler, encore, le thème du vampire ? Comment espérer, encore, être émoustillé et surpris par un des grands mythes de nos héritages culturels qui, de Nosferatu à Only lovers left alive en passant par True blood, a tant et tant de fois été exploité, vulgarisé, sublimé, maltraité aussi ? Michael O’Shea, lui, opte pour une sorte de chronique naturaliste (violence des gangs, traumatismes de guerre, paupérisation, suicide…) quelque part entre le réalisme cru de The addiction et la sécheresse scénaristique de Morse, cité d’ailleurs par Milo, le jeune héros de Transfiguration. Celui-ci est fan de films de vampires qu’il visionne en boucle, rempli des cahiers entiers sur les différentes règles à suivre quand on est suceur de sang (ce qu’il ne faut pas boire ou manger, comment survivre, comment chasser…) et n’hésite pas, chaque mois, à aller s’abreuver d’hémoglobine sur quelques malchanceux qui croiseront sa route.

Milo est-il réellement un vampire, ou pense-t-il en être un ? S’en est-il persuadé à force de mimétisme (in)conscient et de modèles archétypaux ? S’est-il inventer ce rôle pour simplement échapper à une morne réalité ? Les ombres de Morse et du Martin de George A. Romero planent évidemment sur le film qui en reprend, quasiment, les mêmes thèmes (amorce du sentiment amoureux, brutalités et rejet social, angoisses et névroses…). À la froideur des villes enneigées de Suède succède la moiteur d’un ghetto du Queens où Milo traîne son désarroi existentiel et une profonde interrogation quant à sa véritable nature (goule affamée, schizophrène désœuvré ou serial killer qui s’ignore ?). Sa rencontre avec Julie, ado tout aussi paumée que lui, va enclencher une soudaine remise en question de sa vie et ses accomplissements.

On sent O’Shea dans la pâmoison, on sent les hommages au genre et l’envie d’y inscrire son nom, mais Transfiguration reste constamment à l’état d’idées et d’intentions. La relation entre Julie et Milo n’apporte finalement aucune perspective (ni aucun vrai cheminement scénaristique, à l’inverse de Morse par exemple), sinon celle de montrer deux teenagers qui traînent ensemble d’un canapé défoncé à un toit d’immeuble en rêvant d’un avenir meilleur (et c’est lassant, et c’est très convenu). Surtout, le suspens entretenu par le point névralgique du film (vampire or not vampire ?), au-delà de son éventuelle résolution (qui importe moins que son développement) se révèle constamment plombé par un manque d’incarnation général (que ce soit dans le rythme apathique du film ou dans son interprétation) et son mélange des genres pas toujours convaincant, ne suscitant plus à la fin qu’une vague indifférence, et jusque dans la rudesse de son dénouement.

Transfiguration
Tag(s) : #Films, #Cannes 2017

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