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Le monde est à toi

Tu cherches à monter un business de Mister Freeze au Maroc ? T’as une maman arnaqueuse professionnelle et castratrice à mort ? T’es fan de Toto, Michel Sardou et Laurent Voulzy ? Tu kiffes les grosses villes moches en bord de mer où vont s’entasser vacanciers bouffis, poufs à la pelle, migrants bon marché et anglais bourrés H24 ? Bouge plus : Le monde est à toi est fait pour toi, farce branchouille qui ressemble à du Guy Ritchie d’avant (Arnaques, crimes et botanique et Snatch), mais avec des cailleras du terroir dedans (et qui, comme toutes les cailleras de la Terre, rêvent de destin sanglant à la Scarface), une Isabelle Adjani trop maquillée et un scénario trop bancal.

Laborieux à se mettre en place avec des acteurs qui semblent faire exprès de parler sans articuler (la plupart des dialogues sont à moitié incompréhensibles) et une succession de scènes tels des mini-sketchs indépendants entre eux (des petits caïds vont récupérer leur pitbull, Adjani fait un casse aux Galeries Lafayette, Philippe Katerine joue à l’avocat, Karim Leklou fait une danse du ventre…), le film s’anime enfin quand il décide de s’exporter à Benidorm, affreuse station balnéaire tout béton, tout touriste et tout mauvais goût. Mais ça ne suffira pas, cette histoire de kidnapping, de fric volé et de trafic de drogue ne proposant rien de plus qu’un sympathique foutoir (avec, en sous-texte pour faire sérieux, le chaos permanent des rapports familiaux) que Gavras, très machinalement, entrecoupe de séquences clippesques nappées de soupe populaire.

Ses personnages, et même si beaucoup prêtent à sourire dans leur bêtise un rien attendrissante, ne sont pour la plupart que des pieds nickelés rarement étoffés qui empêchent toute évolution intéressante de l’histoire qu’on pourra finalement résumer à : qu’importe l’oseille et la nature de tes rêves (une petite maison avec une petite piscine perdue au milieu d’un lotissement de petites maisons avec une petite piscine), crois en toi et fais tout pour les atteindre, quitte à te débarrasser de ce qui t’encombre et te freine (mère gorgone, copine teigneuse, dealers à cran). En gros, Gavras balance à peu près le même style de niaiseries que Disney, la hype et Balavoine en plus.
 

Romain Gavras sur SEUIL CRITIQUE(S) : Notre jour viendra.

Le monde est à toi
Tag(s) : #Films, #Cannes 2018

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