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Alien, le huitième passager

Monstres et cætera 7/7 - 2008 [Critique rédigée par Copa]


On ne finira jamais de jaser sur ce mythe, sur ce chef-d'œuvre de la science-fiction, ce pilier du cinéma d'horreur, cette référence futuriste, ce huis clos intense, morbide, et enfin ce monument du septième art. Alien, le huitième passager est unique en son genre, c'est un film qui marie à la fois épouvante et aventure spatiale tout en se concentrant sur une intrigue haletante. C'est aussi une œuvre majeure du cinéma, un thriller inoubliable et intemporel d'une lenteur excessivement vertigineuse… Et c'est avec grand plaisir que je m'attaque à l'autopsie critique du bijou cinématographique de Ridley Scott.


Alien, le huitième passager : Monstres & Cie


Comme le thème principal de ce cycle concerne les monstres, il faut d'abord parler de cette créature confectionnée, de la tête aux pieds, par H.R. Giger. Il faut savoir qu'elle suit un protocole méticuleux pour qu'elle puisse devenir un extraterrestre monstrueux dont la mâchoire se démultiplie tel un canif multifonction. Elle doit muter en de nombreuses créatures intermédiaires pour donner un résultat terrifiant.

Inutile de vous cacher, il vous trouvera ; inutile de courir, il vous rattrapera. Cette bestiole (presque) invincible est un monstre sacré, une réincarnation du Mal que même Hadès, Belzébuth et Casimir réunis ne peuvent détruire. La bête est le vecteur principal de l'horreur ; présente durant la quasi-totalité du film, elle terrifie tant elle est énigmatique. Beaucoup d'interrogations se posent à son sujet lorsque l'on voit l'équipage du Nostromo fondre et disparaître tel un iceberg sur une plage des Seychelles en plein milieu d’après-midi.

Si des films comme Jaws parviennent à terroriser des salles entières en dissimulant leur créature meurtrière (généralement par manque de moyens) pour, qu'ensuite, le public pouffe de rire dès que le monstre en papier mâché apparaît, Alien, lui, parvient à faire peur dans les deux sens. Les effets spéciaux ont donc un rôle capital dans le rendu de l'aspect horrifique du film.


Alien et ses produits dérivés


"Dans l'espace, personne ne vous entend crier", c’est le slogan accrocheur qui se trouvait alors sur l'affiche de ce film événement. Une phrase symbolique qui se révéla un atout décisif pour faire de l'œuvre de Ridley Scott une réussite commerciale au cinéma. Ils furent effectivement nombreux à frémir et à hurler dans les salles obscures. Cet engouement rapporta alors plus de 100 millions de dollars au box-office, faisant d'Alien un succès planétaire.

Ce fameux triomphe poussera un certain James Cameron à poursuivre l'aventure du lieutenant Ripley face à ces démons extraterrestres. Cette suite s'avérera décevante puisqu'il se trouve que ce deuxième volet tient plus d'un "trip belliqueux" que d'une œuvre cinématographique haletante et fascinante. En effet, à force de faire paraître à l'écran des milliards de coups de feu incessants bien trop jubilatoires (uniquement pour ceux qui aiment, ce qui n'est pas mon cas), le futur réalisateur de Titanic en oublie l'essentiel : les monstres. Il oublie, aussi, de reproduire cette atmosphère glauque et oppressante du premier épisode, cette atmosphère étouffante qui avait fait tant de mal aux âmes sensibles en 1979. Malgré quelques sursauts furtifs, Aliens, le retour s'enfonce dans un cercle vicieux où la crédibilité, si présente dans l'œuvre de Ridley Scott, ne fait presque jamais surface.

L'aventure ne s'arrêta pas là. Quelques années plus tard, David Fincher s'attaqua au mythe Alien pour offrir un troisième volet distrayant et intriguant. Alien³ sonna comme un renouveau esthétique pour la saga, lui donnant alors une grande bouffée d'air frais qui balaya en un temps record les boulettes scénaristiques du deuxième volet. Se démarquant des autres épisodes par son ambiance crade et lugubre, Alien³ surprend par sa maturité, son scénario dénué d'ennui et de propos (et trouvailles) aberrants.

L'histoire s'acheva en 1997 avec un quatrième volet signé Jean-Pierre Jeunet. Cet ultime épisode est, quant à lui, très étrange. Une poésie macabre qui clôt le bal d'une manière peu commune (l'intrigue prend une ampleur très impressionnante). Sigourney Weaver brille une nouvelle fois, accompagnée par une troupe d'acteurs non moins talentueux (en tête : Dominique Pinon, Winona Ryder, Brad Dourif et Ron Perlman). Il faut ajouter à cela deux crossovers que je n'ose évoquer (rien que le fait de prononcer le titre me donnerait des boutons et me ferait passer pour une personne vulgaire et malpolie) et un préquel qui sortira bientôt avec Maître Ridley Scott derrière la caméra.

Alien, le huitième passager

Le talentueux Mr Ridley


Alien, le huitième passager est un éclair de génie. Ce chef-d'œuvre dérangeant reste et restera pour beaucoup l'un des piliers du genre. Mais quel genre ? Un film fantastique qui repose uniquement sur ses effets visuels ? Un navet prétentieux ? Une vision futuriste, pessimiste et angoissante ? Un film d'épouvante d'une lenteur indigeste ? Beaucoup ont longtemps sous-estimé la capacité de Ridley Scott à dévoiler son fabuleux projet au cinéma. Le futur réalisateur de Gladiator ne se doutait pas que 1979 allait être un tournant pour sa carrière ; il ne se doutait pas une seconde qu'avec Alien, il allait devenir l'un des plus grands noms du cinéma (connu de tous les cinéphiles, respecté par tous les cinéastes).

En ce début des années 80, il ne savait pas qu'il était à l'apogée de sa carrière de cinéaste qui fut, hélas, corrompue ensuite par ce commerce honteux des années 2000. Pris au piège par la 3D, par les "all star movies" divertissants, il ne sera plus jamais ce génie visuel qu'on avait pu connaître dans les années 80, où tous ses films (de science-fiction ou d'autres) étaient de purs bijoux d'esthétisme et d'effets spéciaux divins. Il fait désormais partie des nombreux réalisateurs hollywoodiens qui ne mettent en scène que pour surenchérir, alors qu'ils pourraient simplement continuer à nous faire rêver comme à l’époque de leurs glorieuses années.

Néanmoins, Ridley Scott peut toutefois se vanter d'avoir réalisé, coup sur coup, deux des meilleurs films de science-fiction de tous les temps : Alien et Blade runner. Deux films qui le propulseront haut, bien trop haut, pour que le talentueux Mr Ridley envisage encore à créer, à embellir le cinéma alors qu'il est tellement simple de "faire" pour gagner encore plus d'argent. Ainsi se clôt l'histoire mouvementée de Ridley Scott, mais comme tout homme sait et peut rebondir, je lui souhaite de tout cœur un bon rétablissement au pays du commerce cinématographique.


Nous n'oublierons pas...


Au final, que retiendrons-nous d'Alien ? Que c'est sûrement l'œuvre de science-fiction la plus effrayante jamais réalisée ? Que c'est l'un des rares films de Scott à posséder une incroyable intensité tant les éléments graphiques et scénaristiques sont harmonieux ? Que c'est l’un des longs-métrages le plus personnel de son réalisateur ? Dans tous les cas, nous n'oublierons pas ces poursuites infernales et haletantes à travers les conduits d'aérations du Nostromo. Nous n'oublierons pas cette intrigue palpitante obligeant les spectateurs à rester cramponnés à leur siège. Nous n'oublierons pas ces effets spéciaux qui, trente ans après, n'ont pas pris une seule petite ride. Nous n'oublierons pas cette fameuse scène où l'alien sort violemment du corps de Kane, plongeant alors le public dans un chaos monstrueux, les préparant ainsi à vivre des moments de peur, d'angoisse et de sursauts.

Nous n'oublierons pas cette satire particulièrement bien dissimulée sur la cruauté humaine, celle des politiciens (même si le film se situe dans un futur lointain, on peut songer à un parallèle éventuel avec nos hommes politiques contemporains) qui n'hésitent pas à envoyer des hommes se faire massacrer pour récupérer un seul échantillon d'un alien (et tout ça au nom de la science). Nous n'oublierons pas cet hommage à 2001 : L'odyssée de l'espace qui reprend les thèmes du combat entre l'homme et la machine d'une façon sensiblement différente.

Nous n'oublierons pas, non plus, cette héroïne courageuse et déterminée (incarnée à la perfection par une Sigourney Weaver au sommet de sa grâce) faisant un gros et vilain bras d'honneur aux mecs machos et cyniques qui peuplent chaque film d'action de tout temps, mettant plus bas que terre ces futurs héros bodybuildés tels Rambo ou le Terminator, et infligeant une grosse fessée à ces personnages virils sauvant la Terre à coups de muscles, et dotés d’une force extérieure superficielle. Nous n'oublierons pas ces nombreux et perpétuels jets de feu luisants sur un fond noir menaçant, explosant alors la rétine d'un spectateur ébahit devant cette beauté graphique indescriptible.

Nous n'oublierons pas, enfin, ce final trépidant entre une Ellen Ripley légèrement vêtue (à la base, Weaver devait se mettre complètement nue devant la caméra, mais Scott craignait beaucoup le classement X et se contenta de faire paraître son fantasme en T-Shirt et petite culotte), se faufilant dans une combinaison de survie (une sorte d'instinct dû à la peur) pour faire face à ce monstre aussi répugnant que terrorisant. Nous n'oublierons pas cette femme courageuse voyant avec horreur l'extraterrestre sortir de sa tanière pour un ultime combat ravageur. Nous n'oublierons pas cette femme dévouée luttant corps et âme, lâchant alors ces dernières forces dans la bataille (délivrant alors le spectateur, sous le choc, après un final plus rassurant que prévisible). Nous n'oublierons pas, jamais, Alien, le huitième passager...


Ridley Scott sur SEUIL CRITIQUE(S) : Blade runner, Hannibal, Prometheus, Cartel, Seul sur Mars, Alien: Covenant.

Alien, le huitième passager
Tag(s) : #Cycles

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