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Another happy day

À partir d’un sujet maintes et maintes fois vu sur grand écran (la réunion de famille qui dégénère, où chacun règle ses comptes et y va de son fiel assassin), Another happy day, sans être d’une originalité fofolle, parvient à distiller sur sa durée une piquante sensation de mélancolie et de noirceur. Le premier film de Sam Levinson évite les chemins tracés balisés goudronnés de la comédie chorale, s’engouffrant davantage dans ceux du drame intimiste à l’arrière-goût de vinaigre (à la Festen, auquel on pense beaucoup, plutôt qu’à la Esprit de famille). Mais le scénario, bien écrit, bien construit (et récompensé à Sundance), a tendance à accumuler un peu trop les névroses et les vieilles rancœurs, le réduisant du coup à une espèce d’inventaire de troubles psychologiques dont les degrés varient.

Cris, pleurs, griefs, confrontations, désamours, dépressions, drogues, envies suicidaires, Another happy day ne cherche pas vraiment les bonnes grâces de la subtilité, et ce trop d’excès restreint souvent la portée émotionnelle et sensible du film. Ça balance, ça s’explique, ça gesticule et parle fort (air connu), chacun tentant de se (re)construire comme il peut (souvent au détriment de l’autre) parmi une famille qui prend l’eau de toutes parts : grand-père malade, grand-mère amère, père lâche, sœurs hargneuses, mère cafardeuse, ados livrés à eux-mêmes…

Ce portrait glaçant/grinçant, voire cynique (Levinson semble avoir peu d’empathie pour ses personnages dont aucun ne sort réellement grandi de la discorde, quand l’un ne passe pas tout simplement l’arme à gauche), de gens paumés qui ne savent pas (plus) communiquer entre eux, envoie valdinguer l’institution familiale avec plus ou moins de bonheur et de cruauté. L’atout principal du film reste finalement son casting quatre étoiles emmené par Ellen Burstyn, Thomas Haden Church et Demi Moore ; dommage en revanche pour Ellen Barkin qui hérite d’un rôle passant son temps à geindre et à pleurnicher (et puis la mauvaise chirurgie esthétique n’arrange vraiment pas les choses).

Mais la vraie star du film (qui manque clairement de consistance et de rythme dans sa mise en scène, assez ordinaire), c’est Ezra Miller qui, après sa forte impression dans le fascinant We need to talk about Kevin, continue sur sa lancée de fils psychotique with some issues. Et c’est d’ailleurs à lui que Levinson offre le joli plan final où le jeune acteur fixe longtemps la caméra tandis que le soleil joue de ses rayons avec l’objectif et Nina Simone clame son désespoir sur le très beau Everything must change : tout doit changer mais, visiblement, tout le monde s’en fout.

Another happy day
Tag(s) : #Films

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