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Avatar

La force du cinéma de Cameron a toujours été d’associer parfaitement l’art de l’entertainment à une exigence artistique aiguë et irréprochable, voire maladive. Chacun de ses films est ainsi un modèle, une référence dans son genre, du film d’action purement jouissif (True lies) à l’épopée historique (Titanic) en passant par la grande aventure sous-marine (Abyss). Surtout, ses films ont repoussé sans cesse les contraintes esthétiques et technologiques du cinéma, tant d’un point de vue du tournage qu’au niveau des effets spéciaux (le réservoir géant pour Abyss, le T-1000 dans Terminator 2, l’Harrier dans le final époustouflant de True lies, la minutieuse reconstitution du Titanic, etc.).

Avatar, l’arlésienne cinématographique de Cameron depuis plus de quinze ans, s’anime enfin sur tous les écrans de la planète Terre. Attendu longtemps et fébrilement tel un RER A un jour de grève à une heure de pointe, le film de Cameron a largement bénéficié d’un buzz gigantesque dont personne en ce bas monde n’a pu logiquement réchapper. Maintenant, soyons réalistes (honnêtes ?) une minute : le même film, la même histoire au dialogue et à la virgule près, avec de "vrais" acteurs, sans images de synthèse et 3D "révolutionnaires", sans barouf médiatique autour pendant des mois et sans Cameron à la mise en scène (disons, à la place, un bon tâcheron d’Hollywood), se serait fait laminer en moins de deux par les critiques et les spectateurs pour niaiserie et manichéisme aggravés, suscitant dès lors un intérêt digne d’un pet de mouche à l’autre bout de la galaxie (pour peu qu’il y ait des mouches qui pètent à l’autre bout de la galaxie, ce qui, somme toute, serait assez extraordinaire). Mais on préfère se pâmer, trépigner et applaudir, s’aveugler surtout des illustres faits d’armes de Cameron sans oser, sans vouloir admettre l’implacable vérité.

Parce qu’après une première heure pleine de purs émerveillements bigarrés, l’ennui s’installe aussi sûrement qu’il va perdurer (et pas besoin de lunettes 3D pour (p)ressentir cet effet-là). De fait, les carences du scénario, passé l’enchantement graphique des premiers instants (qui, en définitive, ne propose rien de vraiment nouveau, l’imagerie Star wars, celle de l’heroïc fantasy et des jeux vidéo étant déjà passée par là), paraissent aussi évidentes, aussi criardes que les couleurs flashy et fluorescentes du film. Face à un projet d’une telle ambition et d’une telle envergure, impossible de faire l’impasse sur une intrigue qui en manque cruellement.

Le problème ne vient même pas du fait qu’elle soit prévisible, éculée, chargée de psychologie sommaire et autres prédications New Age, il vient essentiellement de celui que TOUT a été vu et revu et re-revu encore. Rien de nouveau, de palpitant, de transcendant, mais du cliché à la louche et des situations déjà régurgitées des centaines de fois dans des centaines d’autres films (Un homme nommé cheval, Danse avec les loups, La forêt d’émeraude, Roméo et Juliette, La ligne rouge, Princesse Mononoké…). Cameron recycle tout un pan, toute une mémoire du cinéma (américain principalement) sans en approfondir les thèmes, sans proposer autre chose qu’une relecture binaire (le bien/le mal, les méchants/les gentils, le profit/la nature…) et à ce point schématique, abêtissante.

On a beau se raccrocher aux belles images, au rendu incroyable des textures, des décors foisonnants et des expressions des visages, à quelques scènes soufflantes, rien n’y fait, on finit (très vite) par se lasser tout en se rendant compte, avec effroi et lassitude, qu’il y a encore 1h30 à tirer de cette purée synthétique (on aimerait bien, du coup, avoir son propre avatar pour s’enfuir de la salle et pouvoir reprendre une activité normale). Offrir un divertissement de haut vol sans prise de tête, certes (et c’est ce qu’a toujours su faire Cameron dont je suis grand fan, qu’on ne se méprenne pas), mais cet Avatar est si débarrassé de profondeur, de nuances, de vrais enjeux dramatiques et d’originalité du récit (la plus belle scène d’Avatar ? À peine une minute, simple et touchante, quand Neytiri et le vrai Jake se "découvre" enfin pour la première fois), qu’il ne tient pas la distance sur sa durée et donne la désagréable impression d’avoir été fait, dans son entier, pour contenter platement le spectateur (la masse ?) de peur de le décevoir ou de trop lui compliquer la vie.

Qu’une emphase technique si éblouissante, si "novatrice", souffre d’un tel manque de risques et de substance scénaristiques, revient à servir du caviar avec de l’antigel. Et qu’on me traite de rétrograde sans cœur, sans aucune imagination, et de vieux con qui n’a rien compris, et qu’on me brûle ou me lapide sur la place publique, qu’importe et je l’écris (je dis "je", c’est assez rare, mais l’heure est grave), Avatar est, et qu'Horace m'en soit témoin, à l'image de cette montagne au travail qui fît naître une souris ridicule.

Avatar
Tag(s) : #Films

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