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Away we go

Presque obligatoire dans la carrière d’un cinéaste n’ayant réalisé, jusqu’alors, que quelques créations majeures pour les studios hollywoodiens, le "petit film indépendant à petit budget" est comme une étape vaguement cathartique (et bien vue par les critiques cool depuis Little Miss Sunshine) dans le paisible parcours d’un metteur en scène cherchant la rupture artistique à tout prix (c’est tellement tendance) et à s’émanciper des compromis, souvent non négociables, de producteurs aux dents longues (à quand un drame psychologique tourné en trois jours dans le Nebraska par Michael Bay ?).

Tout commence par un cunnilingus sous les draps et une discussion sur la nouvelle saveur intime de Verona (au grand étonnement de Burt qui comprend qu’elle est enceinte). Duo amoureux et atypique plus ou moins persuadé d’avoir la loose comme seul et unique ange gardien, ces deux charmants écervelés décident de prendre la route pour dénicher l’endroit rêvé où pouvoir fonder une famille. En chemin, ils rencontrent parents, frères, sœurs et amis qui vont, indirectement, les aider dans les choix à faire pour leur future vie à trois. C’est donc la tournée des grands ducs pour en apprendre pas mal sur l’existence et le couple, les relations et la maternité, les enfants et l’amour au quotidien (mais aussi sur la taille et la forme des seins après la grossesse, comme quoi tout est important dans cette chienne de vie).

Le film se construit par petites touches et sauts de puce géographiques, composé principalement d’une suite de saynètes inégales et quasi indépendantes les unes des autres (Burt et Verona à Madison, Burt et Verona à Montréal, etc.). C’est gentil-sucré tout plein jusque dans ses stéréotypes, complètement inoffensif à tous les égards (discours, montage et mise en scène), un peu chiant, un peu gnangnan sur les bords quand l’humour, lui, s’affiche trop clairement décalé ou en demi-teintes (discréditant ainsi sa spontanéité), et sauvé en partie par deux acteurs au charisme singulier et à l’abattage minimaliste.

Si plusieurs plans très jolis (un bel éclat de soleil à travers les arbres, un avion ondulant dans des reflets vitrés…) réveillent par moments une attention le plus souvent en mode "Où vais-je aller manger après la séance ?", il y a surtout deux scènes assez drôles portées par deux actrices absolument géniales, Maggie Gyllenhaal en néo-hippie carburant au shanti shanti et Alison Janney en Américaine plouc hystérique. Quel plaisir vraiment de retrouver cette dernière, actrice magnifique curieusement ignorée par les majors et bien trop rare sur les écrans (si l’on excepte Juno dernièrement) depuis la fin de la série À la Maison Blanche dans laquelle elle tenait la dragée haute à Martin Sheen avec style et fermeté. À coup sûr deux éclatantes lumières, libres et pétillantes, dans le contre-jour permanent de ce film sans réelle splendeur.
 

Sam Mendes sur SEUIL CRITIQUE(S) : Skyfall.

Away we go
Tag(s) : #Films

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