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Le bon, la brute, le cinglé

Quelque part dans un désert de Mandchourie, entre Jackie Chan et Sergio Leone, Benny Hill et les fantômes du western bis italien, Kim Jee-woon s'amuse à compiler, dynamiter et revisiter plusieurs pans de tout un cinéma de genre qui fit, chez d'autres, office d'une nouvelle écriture et d'une nouvelle modernité cinématographiques. Faisant grâce d'un scénario exigeant, réduit ici à son plus strict minimum (une carte, un trésor), Le bon, la brute, le cinglé se la joue cartoon explosif virevoltant dans la poussière du soleil et la pléthore de références écrasantes (Tarantino, Peckinpah, Woo, Tsui Hark...).

Les décors, comme dans un dessin animé de Tex Avery, s'étirent et s'allongent sur des kilomètres pour permettre la continuité de l'action jusqu'à son point de non-retour. Tom, Sylvestre et Vil Coyote ont été remplacés par trois zigotos au sourire éclatant, charismatiques en diable, stylés et déjantés ; ces trois-là sont inextricablement liés, complémentaires à la vie, à la mort, belle mécanique triangulaire à l'alchimie parfaite. L'un viendrait d’ailleurs à manquer, à disparaître, que tout le film pourrait s'arrêter (dont acte). Mais quand la poudre cesse de parler, quand les fusils cessent de résonner et les personnages de se courir après, le film se traîne soudain comme un cheval mort au bout d'une corde tirée par un autre cheval mort ; c'est dire l'ennui qui prolifère dès que l'action réfrène sa course folle.

Le spectacle est évident par intermittence, bancal, sporadique, vide de sens, s'abîmant dans quelques détours dormitifs et souffrant d'un manque de structure narrative digne de ce nom. Le film s'apprécie sans se savourer, s'admire sans impressionner, le vertige ne prend pas, la griserie indiffère, la séduction s'émousse. On rétorquera, à raison, que la fusillade dans le marché fantôme est superbe, que la poursuite finale est démentielle, l'ultime gunfight magistral, la musique rythmée, la mise en scène énergique, mais quand bien même on soulignera que tout cela ne fait que trahir la vacuité accablante, travestir les éclats occasionnels d'un divertissement bâtard, mais honorable.


Kim Jee-woon sur SEUIL CRITIQUE(S) : J’ai rencontré le diable.

Le bon, la brute, le cinglé
Tag(s) : #Cinéma asiatique

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