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Chloé

Fut un temps lointain, Atom Egoyan était un réalisateur intrigant et complexe. Au moins jusqu’au Voyage de Félicia, ses films à la froide sensualité exsudaient des charmes vénéneux tout en observant, d’un regard fragile mais lucide, les non-dits du désir et de l’existence. Il y eut, entre autres, The adjuster, De beaux lendemains et surtout Exotica, son troublant chef-d’œuvre, variations magnifiques sur le chagrin et la tentation. En remettant en scène aujourd’hui le Nathalie… d’Anne Fontaine (et l’extrapolant sur sa fin, mais de façon complètement schématique), Egoyan s’égare dans une parfaite convenance narrative, fausse audace sur la psyché féminine flottant entre appréhension de la vieillesse et sexualité renaissante.

Pas vraiment de sa faute en fait, mais plutôt celle d’un scénario indigent et lisse (d’Erin Cressida Wilson, pourtant scénariste de La secrétaire et de Fur) qui effleure plus qu’il ne traite les ambiguïtés relationnelles face à ce que l’on vit, à ce que l’on fantasme ou ce qui nous anime. Ses fidèles collaborateurs, heureusement, se surpassent comme d’habitude (Paul Sarossy à la photographie et Mychael Danna pour la musique), offrant au film une élégance apaisée qui ferait presque oublier sa déception et son inutilité. Il n’en reste, au final, qu’une espèce d’ersatz lesbien de Liaison fatale pour midinettes et midineux en tous genres cherchant ce qu’il faut de licence frelatée, ou pour vieux couple voulant gentiment se rincer l’œil, avec Amanda Seyfried (qui n’a pas une once de la maturité sensuelle d’Emmanuelle Béart) pour monsieur et Liam Neeson pour madame. Pour les autres hélas, la chair est triste, en dépit d’une Julianne Moore intense et vulnérable.

Toute cette psychologie de bazar, finalement, vaut à peine celle de quelques vieux magazines traînant dans la salle d’attente d’un dentiste ou d’un proctologue polydactyle. Pour finir, un gros conseil pour ceux qui auraient la chance de vivre dans une belle et spacieuse maison d’architecte : ÉLOIGNEZ-VOUS DES GRANDES FENÊTRES ! Apparemment, il suffirait de pousser quelqu’un pas très fort contre une vitre pour que son montant se déchausse aussi facilement qu’un comédon qui éclate. Comme quoi le moderne, c’est pas super fiable, ces salauds d’architectes préférant l’esthétique à la sécurité. Affligeant.
 

Atom Egoyant sur SEUIL CRITIQUE(S) : Exotica, Captives.

Chloé
Tag(s) : #Films

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