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La conquête

Sous le nabot irascible, l’homme blessé. Derrière les talonnettes, un cœur brisé. Voilà à quoi pourrait se résumer (facilement) La conquête. Une espèce de remise à zéro, de banalisation du personnage Sarkozy, quitte à rendre celui-ci sympathique et presque touchant (cette garce de Cécilia l’a quitté). Fiction ou pas, difficile quand même de tomber dans le panneau, Durringer (mise en scène) et Rotman (scénario) livrant rétrospectivement (inconsciemment ?) un ersatz de bilan qui titille là où ça peut faire mal ; réentendre Sarkozy déblatérer ses formules bidons ("Je veux être le président d’une République irréprochable. Le président de la République n’est pas l’homme d’un parti ou d’un clan…") après 4 ans de ce que l’on sait être un fiasco gouvernemental et moult couacs médiatiques est, finalement, assez savoureux.

Certes, les promesses électorales, à droite comme à gauche, sont telle une Arlésienne qui ferait le trottoir, le grand écart entre ce qui se dit (pour appâter) et ce qui ne se fera jamais ouvrant, déjà, à pas mal d’ironie ou d’analyse critique. Mais l’essentiel du film opte davantage pour la vision gentiment incisive d’un panier de crabes politique en période pré-présidentielle dont personne ne sort vraiment indemne (surtout Villepin). D'un côté, on s’efforce de faire rire, d’un autre on voudrait ne pas trop froisser quand même, de peur d'un procès au cul ou d’une balle dans la tête.

Avancer le film comme la simple constatation d'un milieu d’hypocrites, de pitres et de carnassiers qui s’agitent (n’oublions pas les gros queutards) n'avance pas à grand-chose : on le sait déjà pour Sarkozy, bouffé par l’ambition et le pouvoir, et pour les autres aussi. Plus d'assurance, de cynisme et de rentre-dedans auraient sans doute fait beaucoup de bien au film. La conquête égrène, sans originalité et sans perspective narrative, les faits marquants de la carrière Sarkozy (Clearstream, les banlieues, le départ de Cécilia…), ne livrant rien d’autre qu'une aimable satire voulant refléter une certaine réalité d’État tout en cherchant le trait d'esprit (ou plutôt la pique vacharde).

Cet entre-deux fait du film une farce un peu tiède, pas complètement drôle, qui essaie, semble-t-il, de ménager la chèvre et le chou. Ça se suit avec plaisir (tous les acteurs, outre les ressemblances frappantes, sont parfaits, et Denis Podalydès en tête, évidemment), mais il manque de l’éclat, de l’insolence (du bling-bling ?). Durringer insiste sur l’aspect "cirque" et grand-guignol (musique très Nino Rota) de nos chers éligibles, via Sarkozy et sa clique, réussissant pas mal de scènes burlesques et féroces (l’épisode à La Baule, celui du tabouret, Besnehard imitant Royal…) qui laissent entrevoir ce qu’aurait pu être La conquête si sa force comique avait été mieux assumée et mieux orchestrée. Du coup, vivement le film sur DSK à New York, ce sera (sans doute) plus rigolo.

La conquête
Tag(s) : #Films, #Cannes 2011

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