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Detachment

Osons la comparaison, faisons couiner dans les chaumières : ce film est une pute. Une pute vulgaire, sournoise et trop maquillée, exerçant de médiocres prestations quand elle n’est pas à nous refiler une blennorragie (dans le meilleur des cas). Detachment (à ne pas confondre avec détachant, détartrant, déprimant ou défécation) n’est même pas mauvais, c’est pire : il est détestable (comme cette critique, vous êtes prévenus). Ça dégorge de clichés et de poncifs comme un caniveau refluant de la fange, c’est d’une atroce lourdeur et d’un pathétique si confondant qu'il en devient inversement exceptionnel.

Un exemple parmi tant d'autres : sur 1h40 de film, dix minutes à peine ne sont pas accompagnées d’un piano sirupeux venant surligner le moindre regard, la moindre phrase et le moindre élan, prenant au piège le spectateur d’une émotion forcée, en trompe-l'œil (spectateur qui, constamment, a l’impression qu’on lui vomit en plein dans la gueule). Le must ? Adrien Brody prenant la voix de sa mère défunte (Norman, c’est toi là-bas dans le noir ?) pour rassurer son grand-père en train de mourir sur son lit d’hôpital avec petite mélodie sucrée en fond sonore. C'est quel mot qui vient après affligeant et qui ne serait pas un mot grossier ?

Que vous sachiez deux choses : Henry se débarrasse d’Erica, la jeune paumée qu’il a recueilli chez lui, en appelant les services sociaux, et Meredith, l’étudiante grosse, incomprise, mal dans sa peau et artiste dans l’âme, finit par se foutre en l’air (on voit le truc arriver à des kilomètres) en bouffant un mini-muffin empoisonné. Je spoile à mort la fin du film pour éviter qu’un grand nombre de personnes soit tenté de regarder cette horreur. Toutes les situations se vautrent, avec une rare complaisance, dans un épais pathos renforcé par une mise en scène faussement arty, clinquante et finalement sans aucune originalité (format Super 8 pour exprimer les souvenirs, noir et blanc impromptu, Brody déambulant la nuit, seul avec son vague à l’âme en bandoulière : trop stylé pour être crédible).

Ce pathos fait qu’on ne croit à rien malgré le sérieux assez risible que gourou Tony Kaye (non mais t’as vu sa tête ?) cherche à donner à son machin-bidule, sauf peut-être la scène où Lucy Liu pète les plombs face à une étudiante, et celle aussi où Henry arrive pour la première fois dans la classe où il va effectuer son remplacement. L’observation, l’analyse et la remise en question du système éducatif américain sont totalement grossières et superficielles, enfonçant des portes ouvertes sans aucune pertinence (en plus d'être plombées par des à-côtés narratifs bidons qui ajoutent à l'état de désastre général). Et quand, dans le dossier de presse, Kaye ose balancer, à propos de son pensum bouffi et prétentieux, "J’essaie seulement de faire en sorte que les choses aient l’air vraies… Je cherche à saisir des émotions réelles, je déteste le fait de jouer, je déteste les choses qui n’ont pas l’air authentiques", on se prend soudain à rêver de tenailles, de plumes et de goudron brûlant.

Detachment
Tag(s) : #Films

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