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Happiness therapy

Jadis "grande figure" de la chanson française désormais tombée dans l’oubli, Herbert Léonard a chanté naguère Pour le plaisir dont je me permets ici de reprendre le titre pour dire combien cette critique a été rédigée dans un esprit de plaisir purement sadique, plaisir de descendre légitimement un film auquel pourtant on m’a gentiment invité et auquel je me suis rendu en sachant, a priori, qu’il comblerait peu de mes attentes (la preuve : en vingt minutes à peine, j’en étais déjà à regretter Detachment, c’est dire le hic) et qu’il y avait peu d’espoir aussi pour qu’il puisse toucher un minimum ma fibre cinématographique ivre de sexe et de violence, "d’émotions pures" et de mise en scène virtuose. Pour le plaisir donc, Happiness therapy va s’en prendre plein la gueule (et parce qu’il le vaut bien).

Si ce truc pourrave n’avait pas les Weinstein collés au cul comme une merde qui ne veut pas tomber, jamais il n’aurait été ainsi survendu et sur-plébiscité et sur-attendu aux Oscars avec ses huit nominations de la honte (et puis qui peut croit encore à la légitimité d’une telle cérémonie ressemblant davantage à du lobbying intensif pour majors ultra-capitalistes ?). Sans Tweedle Dee et Tweedle Dum à la tâche, personne n’en aurait parlé de cette camelote. Personne ne s’en serait même soucié une seule seconde et personne n’aurait crié au génie à l’unisson et à quatre pattes ou pencher en avant, et ce machin serait sorti sans tralala en direct-to-video à seulement 1,99 dollar.

Ras-le-bol de cette espèce de simili-cinéma indépendant qui pue la complaisance mainstream, se drapant d’oripeaux soi-disant anti-hollywoodiens et anti-studios alors qu’il s’embourbe dans un terrifiant conformisme de base à tous points de vue. Rapidement maintenant parce que je n’ai pas envie de perdre mon temps à cracher sur ce style de production indigne : dialogues creux, situations rebattues, enjeux inconsistants, morale plan-plan, humour zéro, rythme mal géré, émotions de pacotille, mise en scène faiblarde qui se la joue faussement branchée (t’as vu là comment je bouge trop bien ma caméra à l’épaule pour faire genre spontané et impulsif ?), scènes inutiles, convenues et/ou pleurnichardes (De Niro versant sa petite larme pendant qu’il bafouille à son fils qu’il l’aime malgré tout : j’ai essayé de faire fi pourtant, de rester zen, mais disons qu’à un moment, il y avait comme une sorte d’insistance crasse qui me donnait plutôt envie de m’arracher les ongles).

N’oublions pas enfin une interprétation affectée qui sent le besoin absolu de reconnaissance et de consécration ; Jennifer Lawrence (dont on se demande encore comment l’air bovin et la tête à claques ont pu séduire à ce point quelques executives libidineux) et Bradley Cooper sont clairement en mode Oscars, jouant les inadaptés sociaux avec une statuette dorée au fond des yeux (ou ailleurs). À sauver de la purge, quand même : la joie infinitésimale de retrouver Jacki Weaver (la maman Gorgone d’Animal kingdom) dans un rôle (très) secondaire, et le pas de danse final filmé comme un ersatz (un hommage ? Une parodie ?) de Dancing with the stars. Herbert l’a dit : "Pour le plaisir, on peut aussi tout foutre en l’air, faire souffrir comme on a souffert". Dont acte.


David O. Russell sur SEUIL CRITIQUE(S) : Fighter, American bluff.

Happiness therapy
Tag(s) : #Films

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