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Happy few

Une alchimie, tout de suite, quand Rachel et Franck rencontrent Teri et Vincent. Les choses vont très vite entre ces quatre-là, et au premier repas, aux premiers regards, Franck embrasse Teri, le fait comprendre à Vincent qui, lui, a flashé sur Rachel. On échange, tacitement et parce qu’on en a envie, les corps et les baisers et les abandons. Mais Happy few, élégant et sensuel, ne parle pas réellement d’échangisme, de libertinage, il pose simplement une question qui claque (et sans se donner la prétention d’y répondre parfaitement), vertigineuse parce que trop vaste : comment ça fonctionne, un couple ?

Plus théorique que pratique malgré les nombreuses scènes de sexe, Antony Cordier délaisse ainsi une sorte de précision du trait (on va dire de psychologie, pour faire plus simple), envisageant ses personnages non pas comme des êtres fouillés, construits (ils sortent peu, ne semblent pas avoir d’amis, restent entre eux), mais comme des figures, des représentations d’éclats et d’interrogations toujours en état d’attente (de l’inconnu ?) et de "glissements progressifs du plaisir" (pour reprendre les mots d’Alain Robbe-Grillet). Le côté presque trop facile de la chose (une soirée suffit à tout emporter même si, beaucoup plus tard, quelques révélations viendront changer la donne) prouve bien que Cordier s’intéresse davantage aux rouages secrets, indicibles et périlleux, du désir à deux (voire à quatre) qu’à une histoire de bobos parisiens qui s’encanaillent parce qu’ils s’ennuieraient (à l’opposé, les couples sont heureux, harmonieux et avec des enfants) et racontée de façon trop claire, en entière de A à Z.

Le film, tout en suivant les envies (et le quotidien) des deux couples qui se forment, se déforment et se reforment, semble éclater parfois sa narration à l’image des sentiments multiples venant s’entremêler à la grande affaire. La liberté du sexe avec un(e) autre est soudain entravée par la confusion inévitable des sentiments, et l’équilibre (précaire évidemment) trouvé et respecté au début va, au fur et à mesure, s’effriter quand chacun ne saura plus où et comment se situer, s’exposer par rapport aux autres. Les mauvaises questions se posent alors : comment ça se passe avec lui, avec elle ? Comment il dort avec elle ? Lui fait-il l’amour mieux que moi ? Est-elle plus généreuse, plus complice avec lui ? Peut-on aimer deux personnes à la fois ?

Évitant le mélodrame amoureux poussiéreux (au contraire, tout est limpide et tout est joyeux), Happy few observe les mouvements discrets d’amours plurielles assumées en toute transparence, en toute "légalité", et à travers elles une nouvelle façon de vivre avec sa/son partenaire, une nouvelle forme d’intimité (si essentielle dans un couple) et de jouissance qui permettrait une éventualité, une possibilité d’affranchissement physique et social tel un doigt d’honneur fait à l’ordre moral standard. Les couples originels se retrouvent enfin, à un moment, lors d’une scène magnifique dans la farine, négligeant leurs limites tout en y revenant.

L’image est lumineuse, caressante, la musique inspirée avec de jolis morceaux choisis (Art Mengo et son Heures érogènes), et puis il y a quatre acteurs magnifiques, beaux et bandants, débordants d’énergie et de charisme (Marina Foïs est la plus surprenante, et quel plaisir aussi de redécouvrir Élodie Bouchez), lancés spontanément dans cette entreprise collective avec zéro complexe. Loin des crises en tous genres, Happy few redessine à sa manière, franche, tranquille, la carte du tendre et du romantisme.

Happy few
Tag(s) : #Films

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