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Hung

Ray Drecker : la quarantaine, fauché, divorcé, deux enfants ados un peu obèse et mal dans leur peau, un boulot pas super excitant (professeur et coach sportif dans un lycée de Detroit), une maison en partie brûlée, une tente dans le jardin comme chambre à coucher, mais une énorme bite et plutôt beau gosse. Voilà de quoi faire repartir le rêve américain après la déconfiture de la crise financière et celle des subprimes, et qu’importe, alors, l’art et la manière : gigolo or not gigolo, il faut trancher, et Ray, en ces temps économiquement difficiles, à vite fait de choisir son camp. Quand Showtime balance, en 2007, son Journal intime d’une call-girl, HBO, deux ans plus tard, lui répond gentiment en dégainant Hung, son pendant très masculin (deux saisons au compteur et une troisième prévue pour cet été). Mais si Hannah se livre aux joies du plus vieux métier du monde presque par "plaisir", Ray pratique la chose par pure nécessité matérielle.

Produite, entre autres, par Alexander Payne (Monsieur Schmidt, Sideways et le méchamment drôle L’arriviste) qui réalisera l’épisode pilote, Hung, placée sous les bonnes étoiles de la chaîne payante américaine, est un joyeux cirque plus subtil qu’il n’y paraît, savoureuse introspection dans les rouages de la famille, des relations amoureuses et d’une Amérique plus borderline que successfull, appauvrie, endettée, névrosée, le tout emballé (et emballant) dans les joliesses d’un sujet relativement sensationnel et casse-gueule, voire scabreux (la prostitution masculine). L’ironie est douce-amère, le ton, jamais moralisateur, entrelace humour grinçant et habiles émotions, et les personnages sont d’une belle richesse psychologique.

Nous ne sommes pas, évidemment, en pleine poésie à la Buñuel (Belle de jour) ou en plein rentre-dedans à la Bruce LaBruce (Hustler white), mais davantage dans une vérité contemporaine qui voit, jour après jour, le chômage et la précarité saborder l’avenir. C’est là le thème véritable de la série, celui d’un homme essayant de s’en sortir malgré la dèche et de se reconstruire (comme il reconstruit sa maison, planche par planche) avec les moyens du bord (son gros zizi). Sourire en coin, costard miteux et doux membre en poche, conséquent et apte à satisfaire ces dames rêvant d’orgasmes multiples, d’atomiseurs, de formes oblongues et de gros bazars pour changer d’avec celui de leur mari, Ray se lance dans sa fraîche carrière avec ambition, motivation et l’envie de bien faire, courant le cachet, faisant du porte à porte et écumant les chambres d’hôtels impersonnelles pour combler (de bonheur) demoiselles ou bourgeoises un peu plus mûres.

Thomas Jane excelle dans le rôle de ce loser bien gaulé (comme quoi les séries télés réussies, ça vous change un acteur lambda hollywoodien en bête de scène) et n’hésite pas à tomber le slip, arborant fière croupe et fier poitrail, offrant ainsi à Ray une interprétation tout en charisme et en légèreté. Dans l’exercice de son galant sacerdoce, Ray se retrouve épaulé par Lenore, vamp cynique n’ayant pas froid aux yeux (ni ailleurs) et rétive à la langue de bois (Rebecca Creskoff, plus bitchy tu meurs), et par Tanya (Jane Adams, toujours aussi géniale), petite fonctionnaire malingre se rêvant poétesse lyrique mais en manque chronique d’inspiration (voir les scènes hilarantes où elle déclame ses poèmes, Phallus - "You can’t fuck me because I’m already fucked!", hurle-t-elle à l’assistance - ou Mère, écrit à 14 ans, diatribe imagée contre sa génitrice qui l’a toujours critiquée), utopique, ingénue, idéaliste, mais vite rattrapée par la vénalité de sa nouvelle fonction (mère maquerelle amateur). Les deux se partagent professionnellement Ray, prospectent le chaland, mais sortent les griffes dès qu’il s’agit d’obtenir l’exclusivité du micheton (et du partage des gains). C’est la guerre ouverte entre l’allumeuse sexy et la nunuche mal fagotée, apportant ainsi son lot de situations cocasses ou plus fâcheuses, plus tendues.

Si le héros principal de la série est évidemment un mâle (tendance hétéro beauf) de par tous ses attributs, ce sont surtout les femmes qui font la part belle à la série : Tanya, Lenore, Jessica, Jemma, Frances, la voisine de Ray et toutes ces clientes éperdues cherchant un peu d’amour, un peu de réconfort et/ou de sexe dans un quotidien qui n’a plus rien de vraiment rose. Bien sûr, en négligeant son pitch de départ assez gonflé, les intrigues développées dans Hung n’ont rien d’extraordinaire (enfants à problèmes, complications existentielles, épouse à reconquérir à l’instar de Californication…), mais traitées avec suffisamment de finesse et de réalisme pour que tout cela se suive avec intérêt et sympathie certaine ; tant pis alors si la mise en scène ne brille ni pour son élégance, ni pour son apprêt formel, on s’en accommodera avec assez d’obligeance pour savourer cette série accorte qui balance pas mal.

Hung
Tag(s) : #Séries

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