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Intouchables

Je l’avoue : je suis parti voir ce film pas du tout motivé, prêt d’ailleurs à le descendre sans ménagement et sans aucun remord vu la précédente merde des deux réalisateurs (le gluant Tellement proches), vu aussi la bande-annonce gnangnan sur le larmoyant Red lights de Vib Gyor et le sujet (tiré d’une histoire vraie) qui promettait clichés en tous genres et trémolos faciles. Et puis boum paf, grosse grosse surprise en fin de séance et aveu forcément contrit de ma part : Intouchables est un film tendre, généreux, vraiment drôle (à tout âge, grands éclats de rire assurés) et d’une simplicité désarmante. Mais bon, on se calme quand même : ce n’est pas un chef-d’œuvre non plus (on est jamais loin de la caricature, et puis ce piano façon Richard Clayderman dès qu’arrive la moindre séquence émotion, c’est un peu crispant à la longue) et il n’y a rien de bien original dans ce récit flagrant de chien débarquant dans un jeu de quilles, de cheveu sur la soupe, de fly in the potage apprenant plus ou moins "la vie" (et l’amour) à des gens distingués dont on a l’impression qu’ils débarquent d’une autre planète pour être aussi coincés.

On ne saura pas vraiment la part de réalisme et de magie/fiction que se partage le scénario par rapport au vécu vrai de Philippe Pozzo di Borgo (l’aristocrate tétraplégique) et d’Abdel/Driss (le délinquant des banlieues devenu aide-soignant), mais finalement on s’en fout un peu parce que le film fonctionne à 100% dans son registre de comédie populaire, sans pathos et de qualité. Sa réussite incontestable est due, évidemment, au duo inattendu, improbable, attachant, formé par Omar Sy (dans un rôle sur mesure) et François Cluzet (poignant, humble), à leur belle alchimie, à leur belle évidence, et aux étincelles aussi qu’ils font jaillir sans cesse à l’écran (leurs échanges sont gratinés, savoureux en diable).

Comme le personnage de Cluzet, on vit, on "subit" la tornade Omar à l’abattage effréné qui s’éclate sur le September d’Earth wind and fire ou mitraille de la vanne atomique à la minute avec ce sourire, ce rire inimitable et monumental. Le film joue bien entendu sur le décalage permanent entre deux univers plus antinomiques, tu meurs. Ainsi, la caillera va à l’opéra, écoute du Berlioz, se met à peindre et fait du parapente, tandis que monsieur fume des joints, discourt sur les zones érogènes, se paie des prostituées et dit des gros mots.

Le film évoque surtout une rencontre inespérée, presque vitale, et une ironie, une moquerie (Philippe et Driss ne se font pas de cadeaux, ne cherchent ni l’apitoiement ni la facilité) ramenées à une espèce d’arme de défense contre l’adversité et un quotidien pas toujours rose, pour Philippe (la paralysie) comme pour Driss (la dèche) ; savoir rire de tout (et de soi), parfois ça peut faire du bien, alors ces deux-là ne s’en privent jamais. Joliment mis en lumières, mais mis en scène comme un téléfilm, Intouchables offre un délicieux moment de cinéma sans prétention, les yeux toujours rieurs et les zygomatiques en folie.
 

Éric Toledano et Olivier Nakache sur SEUIL CRITIQUE(S) : Tellement proches, Samba.

Intouchables
Tag(s) : #Films

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