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Martha Marcy May Marlene

Qui est Martha ? Qui est Marcy May ? Qui est Marlene ? Une seule et même personne, une énigme, just a picture, jeune femme égarée, échappée d’une ferme communautaire, d’un paradis promis mais où l’on vole, où l’on viole et tue sans poser de questions, en silence à travers les bois. Trouvant refuge chez Lucy, sa sœur qu’elle n’a pas revu depuis deux ans, et son mari Ted, Martha tente d’oublier son passé, de se reconstruire malgré les vagues noires de souvenirs douloureux et une peur latente, tortueuse, se transformant peu à peu en paranoïa : Patrick, le leader de la secte, cherche-t-il à la retrouver et à l’éliminer pour empêcher un éventuel témoignage de ce qu’elle a vu ?

Mutique, angoissée, recluse dans ses inquiétudes et la vision d’un monde primitif qu’imposait insidieusement Patrick (quelque part entre Jim Jones et les Mormons), Martha souffre à renouer avec une réalité plus courante, plus normée (gagner de l’argent, avoir un appartement, se marier, faire un bébé…), mais insignifiante à ses yeux. Chacun, à un instant, fera d’ailleurs front à la vacuité soudaine de son existence : Ted laisse entrevoir l’insatisfaction qui le taraude (travail harassant, désir de paternité en berne), Lucy reste engoncée dans ses manies et ses convictions petites bourgeoises, Martha rejette les codes de la culture actuelle tout en restant profondément attachée à ceux de son ancienne communauté, d’un autre temps.

Premier film singulier de Sean Durkins, Martha Marcy May Marlene révèle et confronte deux représentations d’une société aliénante, l’une archaïque, l’autre standardisée, avec comme axe principal (et élément révélateur) l’innocence perdue, altérée de Martha. L’ambiance y est alanguie, délétère, troublante, et l’angoisse surgit parfois d’un rien, à l’improviste (sentiment de panique à une fête, bruits sourds sur le toit, rives sombres d’un lac, voiture menaçante). Très impliqué formellement (dans la composition des plans, dans le montage, dans l’esthétisme délicat et naturaliste), Sean Durkins compose une douce élégie autour de la figure de l’identité, des certitudes et des illusions, magnifiée par une équipe technique de premier choix (celle-là même qui œuvrait sur le magnifique Two gates of sleep, dont Durkins était l’un des producteurs) et une actrice tout simplement étonnante (Elizabeth Olsen, une vraie révélation).

Martha Marcy May Marlene, construit sur un rythme cotonneux, perd, dans son dernier quart, de son pouvoir hypnotique, et peine à conclure son récit jusqu’au choix volontaire d’une fin abrupte héritant d’un caractère trop délibéré, trop recherché dans son effet de rupture à tout prix. C’est en tout cas une réussite séduisante, engageante, qui, parmi les nuées du passé et la fixité du présent (se confondant et se mélangeant à dessein, plusieurs scènes débutant ainsi sans que l’on puisse envisager de suite son exacte temporalité), éveille en nous un sentiment de malaise profond révélant les doutes et les brisures nettes de nos modes de vie, que l’on croyait pourtant acquis.

Martha Marcy May Marlene
Tag(s) : #Films, #Cannes 2011

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