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Millénium - Le film

Je dois l’avouer : comme certains (beaucoup ?), je n’ai lu aucun des tomes de la trilogie culte de Stieg Larsson. Cette critique ne met donc pas en parallèle, à tous points de vue (narration, personnages, événements…), les romans et le film, mais se base uniquement sur l’œuvre cinématographique proposée. La première impression qui vient à l’esprit (ou de ce qu’il en reste), c’est de se dire que le livre doit être, très facilement, beaucoup plus approfondi, riche et subtil que ce gros film patapouf sans nuance, sans surprise et surtout sans âme. Il accumule, compile et régurgite les innombrables poncifs de tous les serial killer movies pouvant exister sur la Terre (des meilleurs aux plus mauvais) pour, en définitive, ne rien transcender d’eux, ne rien proposer d’étonnant, de neuf ou d’aventureux.

L’intrigue évoque Jean-Christophe Grangé, lui emprunte les mêmes ficelles, les mêmes réflexes : deux trajectoires qui finissent par se rejoindre, celles d’un jeune novice et d’un vieux de la vieille aguerri, meurtres terrifiants, pédophilie, inceste, réminiscences nazies et autres joyeusetés. Ces sempiternelles histoires de secrets familiaux et d’horreurs en tous genres sont, ici, narrées avec la lourdeur magistrale d’un Luc Besson ayant pris un méchant coup de froid (c’est normal, il fait très froid en Suède), filiation parfaite puisque Niels Arden Oplev dit s’être inspiré de notre gloire cinématographique nationale, et principalement de Nikita (?), pour mettre en scène son film sur-américanisé à outrance et impersonnel au possible.

Explications assénées, martelées, matraquées, imposées tous les quarts d’heure par crainte "d’égarer" le spectateur, musique omniprésente, harassante, surlignant et dramatisant chaque scène, chaque révélation ou chaque sentiment ; c’en est même complètement grotesque lors d’une "poursuite" motorisée où moult stridences, à réveiller les morts, vagissent jusqu’à provoquer un rire goguenard tant la scène s’ingénie à côtoyer le navrant et la parodie involontaire. Et puis il y a ces fins à rallonge qui s’enchaînent et s’entassent en à peine dix minutes, donnant le sentiment d’un bâclage (ou d’un enculage violent, pour rester dans l’esprit du film) fait en dépit du bon sens parce qu’il fallait tout finir et tout clarifier pour le spectateur docile et naïf, de toute façon complètement infantilisé au bout d’une heure de film.

Celui-ci se regarde sans relatif ennui (il y a plutôt intérêt, il dure 2h30) parce qu’il demeure, malgré tout, assez bien orchestré, que l’on a envie de savoir le pourquoi du comment (ou le comment du pourquoi, je ne sais plus trop), que c’est assez glauque et sans compromis par moments pour susciter un minimum d’attention, et que les deux acteurs principaux sont impeccables. Il y a même à envisager, sans peine, que ce soit leur belle interprétation qui préserve le film de la faillite artistique totale, et aussi leur discrète connivence et leur physique atypique. Il faudra voir finalement ce qu’en pensent les aficionados du roman, magnanimes ou sans pitié face à ce salmigondis indigeste qui, quoi qu’il arrive, ne déclenchera sûrement pas un franc enthousiasme.

Millénium - Le film
Tag(s) : #Films

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