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Möbius

Au début des années 90, le succès et les lauriers paraissaient aller de soi pour Éric Rochant, alors fière figure d’un nouveau cinéma français émergent qui comptait, entre autres, de jeunes pousses prometteuses tels que Pascale Ferran, Laetitia Masson, Arnaud Desplechin et Christian Vincent. Trois films remarqués confirmèrent son talent auprès du public et de la critique (Un monde sans pitié, Aux yeux de tous et Les patriotes), puis ce fut la lente dégringolade avec, en point d’orgue, le nullissime Total western avec cette tarte de Samuel Le Bihan grimé comme un routier qui aurait trop écouté les Village People. Rochant, quand même César de la meilleure première œuvre avec Un monde sans pitié, connaîtra un sursaut d’activité (et de dignité) en participant à la série Mafiosa en tant que réalisateur sur les saisons 2 et 3, pourtant pas les meilleures.

Le voilà de retour aujourd’hui, après sept ans d’absence sur les grands écrans (mais qui s’en inquiétait vraiment ?), dans ce qui semble être une sorte d’opération de sauvetage cinématographique avec, en Saint-Bernard providentiels, notre Jean "Doujârdine" national, désormais star interplanétaire qui aime à batifoler aux Oscars, et la sémillante Cécile de France souffrant toujours, la pauvre, du syndrome Mélanie Laurent et Marion Cottillard, ce genre d’actrices qu’on n’arrive bizarrement pas à supporter, qu’on ne trouve pas spécialement mauvaises et qu’on se met soudain à apprécier sans trop comprendre pourquoi (dans Beginners et dans De rouille et d’os), puis qui retombent dans l’enfer vibrionnant de nos anathèmes.

L’intrigue de Möbius, sans grande originalité, évoquera vaguement celle des Patriotes, resucée de manigances à gogo, d’entourloupes financières et de romance à deux balles. À part un combat à mort dans un ascenseur qui rappelle, de très loin, celui des Diamants sont éternels, c’est ambiance camomille et coin du feu. Agents doubles et agents triples, CIA et FSB, filatures et manipulations : tous les fondamentaux du film d’espionnage (genre plutôt chiche en France, dont on retiendra surtout La sentinelle, Espion(s) et Agents secrets) sont bien là, mais jamais transcendés, jamais revisités avec témérité et/ou imagination. Tout cela reste insipide, inconséquent, inoffensif, alors qu’il y avait clairement matière à proposer quelque chose de plus racé et de plus noir, voire de plus complexe (évoquer le ruban de Möbius le permettait assurément, comme l’avait fait Lynch dans Lost highway).

Quant à Dujardin, il est moyennement crédible en super espion, super tombeur et super lover aussi puisqu’il n’arrête pas de faire jouir une Cécile de France toute pantoise et méga-reconnaissante qui, malgré ça, prend son pied comme si elle réfléchissait à sa prochaine liste de courses en poussant des couinements bizarres (leurs scènes d’amour sont à la limite du ridicule, comme celle d’ailleurs à l’hôpital qui vient clore le film). Ni ennuyeux ni passionnant, mis en scène avec une efficacité relative, Möbius a contre lui cette vague prétention de vouloir faire un film ambitieux et exigent alors qu’il n’offre, en définitive, qu’un téléfilm de luxe pour les longues et mornes soirées du service public.


Jean Dujardin sur SEUIL CRITIQUE(S) : OSS 117 : Rio ne répond plus, Les petits mouchoirs, The artist.

Möbius
Tag(s) : #Films

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