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Monsters

Pour reprendre facilement Magritte, ceci n’est pas un film de monstres, et moins encore un suspens haletant fait d’angoisses et d’horreurs. Gareth Edwards s’est mépris en concédant le titre Monsters à son film ; Humans aurait fait, sans doute, mille fois mieux l’affaire. Vendu (très mal) comme une espèce de District 9 bis et précédé d’un buzz de très bon augure, Monsters est d’abord le récit d’une rencontre, fragile et incertaine, entre deux êtres un peu paumés qui apprennent à se découvrir, à s’émanciper d’une existence trop normée, rencontre en tout cas consacrée en beauté lors d’un final splendide assez déconcertant.

Les monstres (de gigantesques pieuvres sur pattes) sont pratiquement invisibles, entraperçus le plus souvent sur des écrans de télévisions, Edwards privilégiant davantage les conséquences directes et indirectes de la "cohabitation" extraterrestre, ancrée plus ou moins dans une certaine réalité sécuritaire mondiale : villes détruites ou abandonnées, omniprésence des hélicoptères, des chars et des avions de chasse, bombardements, victimes collatérales, état d’urgence, barrières géantes.

Les monstres ne sont qu’une toile de fond, un prétexte, un élément presque secondaire des décors (impressionnants) et de l’intrigue. Hormis une scène "d’action" au bout d’une heure de film, il ne se passe pas vraiment grand-chose dans Monsters, sinon l’errance très road movie d’un tandem qui cherchent à se connaître et à s’aimer malgré le danger, l’idylle naissante d’un homme et d’une femme en milieu particulièrement hostile. C’est original en soi (prendre le spectateur à revers et par surprise, loin de ses attentes) ; l’ennui, c’est que des drames romantiques au cinéma, il y en a eu des milliards auparavant, et des bien plus émouvants, captivants et bouleversants que celui orchestré, assez intelligemment certes, par Edwards.

Le charme des acteurs, la photographie magnifique, la mise en scène inspirée, façon documentaire sur le vif, et l’aspect très concret de l’environnement ravagé permettent toutefois de maintenir un intérêt constant et progressif pour le film (vont-ils finir ensemble ? Parviendront-ils à s’en sortir vivants ?). On passera tout de même sur le discours pseudo-écologiste, anti-militariste et non-violent quelque peu réchauffé (efforçons-nous à nous entendre, à nous adapter, à estimer l’Autre, respectons notre planète…) pour apprécier avant tout le spectacle étrange, décalé et quasi poétique, d’un couple prêt à s’affranchir des contraintes du monde, et prêt également à se lancer dans la plus belle et la plus grande des aventures qui soient : celle de l’amour.
 

Gareth Edwards sur SEUIL CRITIQUE(S) : Godzilla.

Monsters
Tag(s) : #Films

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