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Poupoupidou

On dirait ce film dévoué tout entier à l’Amérique, à ses mythes, à Ellroy, à Twin Peaks et même aux frères Coen (les paysages sous la neige de Fargo, la partie de bowling de The big Lebowski, l’hôtel étrange de Barton Fink…). Du panneau de bienvenue de Mouthe, la ville la plus glaciale de France, au visage de Candice morte dans la neige, de l’humour pince-sans-rire à l’atmosphère ouatée, comme en décalage avec et dans le temps, Poupoupidou se savoure tel un succédané énamouré à l’œuvre télévisuelle de David Lynch. Laura Palmer s’en est allée et a laissé place à Martine Langevin, alias Candice Lecœur, jolie Marilyn des provinces retrouvée raide transie dans un linceul de flocons (et non plus de plastique).

David Rousseau, écrivain à succès de polars déjantés, va enquêter sur son passé et sa mort mystérieuse que personne ne cherche réellement à comprendre ni à élucider. Faisant plus ou moins équipe avec Leloup, tout jeune brigadier du coin, Rousseau trouvera là matière pour rédiger son prochain roman. Gérald Hustache-Mathieu semble s’amuser (et nous amuser aussi) comme un fou, entrelaçant plusieurs genres avec habileté mais sans vraiment parvenir à en tirer autre chose qu’un sympathique exercice de style écrasé par ses trop lourdes références.

Il manque au film un réel suspens, un point à atteindre, un vrai trouble par rapport à cette histoire de starlette au rabais en quête de futile reconnaissance et prise au piège d’un trop brillant, d’un trop tentant miroir aux alouettes. La résolution de l’intrigue, sans force et sans charme, importe peu finalement par rapport au déroulement cocasse de l’enquête. Au fil d’une réalité déréglée, de tentatives d’assassinat et de flashbacks emmêlés, Rousseau et Leloup ont fort à faire pour découvrir la vérité enfouie derrière le vernis, les apparences floues de ce village engourdi par le froid. Leur improbable duo, drôle et savoureux, est l’un des principaux ressorts comiques du film.

Entre l’écrivain un rien cynique et le policier qui rêvait d’être une majorette, et que l’on découvre "dans le placard" (à rebours, les scènes du sauna et de tir à l’arc apportent alors leur lot de belle ambiguïté), une alchimie discrète se créer mais n’empêchant point, à chacun, de poursuivre aussi ses propres chimères d’Amérique (à l’instar de Candice) au son, adéquat, d’un California dreamin’ entendu plusieurs fois : écrire son chef-d’œuvre, son Dahlia noir, ou pouvoir entrer au FBI. Jean-Paul Rouve et Guillaume Gouix (au visage étrange, comme figé, pris dans de la cire) sont parfaits d’une sorte d’ironie distanciée, flanqués d’une Sophie Quinton polissonne et touchante.

Hustache-Mathieu maîtrise bien sa mise en scène et son cadre, établit tout un réseau de détails saugrenus (mais peut-être, parfois, trop anecdotiques) et dissémine, un peu partout dans l’image, le chiffre 5 en référence au Chanel N°5 de Marilyn ; Peter Greenaway avait déjà utilisé cette astuce dans son magnifique Drowning by numbers, le jeu étant de repérer les chiffres de 1 à 100 cachés ou ostensiblement montrés dans les décors et même dans les dialogues. L’univers mi-fantaisiste, mi-noir, de Poupoupidou a un potentiel au goût d’inachevé mais prometteur, et sans crier au génie, le film se révèle une agréable surprise, un petit délice immédiat et passager.

Poupoupidou
Tag(s) : #Films

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