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Punch-drunk love

Après deux films-fleuves éblouissants (Boogie nights et Magnolia) parsemés de personnages déglingués, de jeux du hasard et d’un destin parfois même post-apocalyptique (le déluge de grenouilles dans Magnolia), et avant sa grande œuvre au noir que sera There will be blood, Paul Thomas Anderson signait avec Punch-drunk love son film sans doute le plus beau et le plus simple. Cette comédie apparemment romantique, associant joyeusement Blake Edwards à Jacques Tati, cache en vérité une élégie multicolore sur l’élan amoureux dans sa plus candide expression (le travelling avant dans le couloir d’un hôtel, tandis que Barry et Lena se prennent timidement la main sans presque se regarder, est d’une grâce naïve et renversante).

Ces deux doux rêveurs solitaires ont à affronter un monde extérieur sans pitié, sans répit et sans cesse tyrannique. Leur histoire d’amour, de ses prémisses à ses premiers gestes d’affection, est constamment malmenée par une série d’imprévus et d’accidents : sœurs envahissantes, voyous et arnaqueurs en tout genre, déboucheurs incassables qui se cassent… Pour Barry (Adam Sandler, transfiguré), difficile alors de se contenir, difficile de s’émanciper. Difficile de seulement dire, d’exprimer points de vue et sentiments quand on est un hurluberlu caractériel que l’on martyrise, capable de perdre la tête face à une baie vitrée, un harmonium ou une femme au sourire lumineux (Emily Watson, resplendissante).

La mise en scène d’Anderson est faite de fulgurances et d’inventions, d’une modernité dont on voudrait qu’elle ne s’arrête jamais (et très justement récompensée à Cannes). La photographie de Robert Elswit resplendit de mille éclats et de mille nuances, quand la musique déstructurée de Jon Brion, préfigurant celle de Jonny Greenwood dans There will be blood, explose l’intérieur des plans, dicte la cadence des mouvements de chaque chose et de chaque personnage, enveloppant d’irréalité rythmique les situations les plus convenues. Émouvant et fracassant, Punch-drunk love conte l’éveil d’un homme à la vie, à l’amour et au couple, et Anderson de faire d’un scénario minimaliste (un homme, une femme, une rencontre) une mosaïque merveilleuse, un tintamarre conceptuel d’une folle poésie.


Paul Thomas Anderson sur SEUIL CRITIQUE(S) : There will be bloodThe master, Inherent vice, Phantom thread.

Punch-drunk love
Tag(s) : #Films

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