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Ratatouille

De l’art animé 7/7 - Images de synthèse [Critique rédigée par Ashtray-girl]
 

Force est de constater, dès les premiers plans faisant voler en éclat une fenêtre et un rat, que Pixar a encore su faire des merveilles sous l'égide de Brad Bird (Le géant de fer, Les indestructibles). Visuellement, Ratatouille est tout bonnement épatant, réjouissant jusqu'au bout des moustaches ! Superbe et très réaliste, doublé d'une réalisation ultra-soignée, l'image est ici utilisée avec virtuosité. Les plans les plus impressionnants sont sans nul doute ceux qui nous mettent à la hauteur du héros, Rémy, un rat fin gourmet et cuisinier à ses heures.

On a réellement l'impression de courir à ras le sol et de comprendre sa vision du monde, telle qu'il le conçoit, à l'image de sa folle équipée, magistralement orchestrée, dans les cuisines d'un grand restaurant parisien. L'une des scènes les plus représentatives du savoir-faire de la maison Pixar reste la chute de Rémy dans les égouts de Paris, dans un tourbillon d'eau au réalisme saisissant : on suffoque avec lui, on est ballotté en tous sens, on retient son souffle, dégoulinant presque... Un autre plan absolument merveilleux et qui démontre parfaitement le goût du détail chez Pixar : la vue, à la tombée de la nuit, sur la capitale française, magique, éblouissante, vertigineuse, et qui mérite très certainement, cette fois-ci, son surnom de "ville lumière".

Le regard n'est pas le seul, dans cette légion de détails d'une incroyable délicatesse, à être sollicité, et l'expérience cinématographique gagne aussi en sensorialité. Pour le coup, rétrospectivement, un traitement 3D aurait sans doute valu le coup d'œil, même si le travail sur la texture, la lumière, les nuances chromatiques et la profondeur de champ n'a jamais semblé aussi poussé qu’auparavant. On a la sensation que l'on aurait presque qu'à tendre la main vers l'écran pour caresser la fourrure soyeuse de Rémy et chatouiller ses moustaches. Un réalisme saisissant, donc, mais qui garde un aspect "animé", chatoyant et en marge de la "vraie" réalité.

L'histoire nous est contée du point de vue de Rémy, donc. Rémy, un jeune rat inventif et supérieurement intelligent (c'est dire, pour un rat !), passionné de cuisine et qui espère, un jour, parvenir à créer toutes sortes de plats et sensibiliser ainsi sa tribu à de plus riches saveurs que celles des immondices dont ils se nourrissent traditionnellement. Rémy est un visionnaire au milieu d'une assemblée de rats conservateurs et méfiants vis-à-vis des hommes, avec raison sans doute (la séquence de l'échoppe vendant des pièges à nuisibles est tout simplement glaçante). L'idole de Rémy ? Le célèbre chef français Gusteau, réputé dans le monde entier pour sa cuisine, récompensé de tous bords, et décédé récemment sous le coup d'une critique assassine d'un chroniqueur chagrin. Séparé de sa famille après un tragique incident, Rémy se retrouve fortuitement dans les égouts de Paris, juste en dessous du restaurant de feu Gusteau. Là, il fait la connaissance de Linguini, jeune homme maladroit n'ayant aucun talent pour la cuisine, et qui porte sans le savoir un lourd secret…

Le périple initiatique commence, au plus près des fourneaux. Le scénario est on ne peut plus soigné, passionnant, inventif, à la fois plein de rebondissements, de scènes cocasses et de bons sentiments, sans que cela se révèle jamais niais ou pathétique. Bien au contraire, il force la réflexion sur le pouvoir de chacun à changer sa destinée, sur les différences entre les êtres (et les races) et leur pouvoir à communiquer, sur l'expression du talent, et sur la vie, tout simplement. Le tout sans mièvrerie dégoulinante habituellement propre à Disney, qui trouve là un nouveau chef-d’œuvre à ajouter à sa collection après une période de vache maigre (selon moi). C'est drôle très souvent, émouvant parfois, toujours très original, relevé comme un bon plat, une recette infaillible qui ravirait nos yeux tout autant que nos papilles dans un grand restaurant. D'ailleurs, le film ne faillit pas à l'une de ses ambitions évidentes : faire gargouiller nos estomacs. Et s'il flatte notre ego patriote au passage, que demander de plus ?

Ratatouille trouve ainsi prétexte à ériger, de notre charmant pays, une image flatteuse, loin des clichés dont il s'amuse (le type avec sa baguette de pain et son béret), préférant croquer au mieux une certaine idée de la vie parisienne, épicurienne à souhait. Un film superbe, incontournable, déjà culte dans le domaine des films d'animations, et difficilement égalable tant Ratatouille a ouvert la voie de l'excellence, celle qui fait rimer film d'animation avec orfèvrerie de luxe.


Pixar sur SEUIL CRITIQUE(S) : Wall-E, Là-haut, Toy story 3, Rebelle, Monstres academy.

Ratatouille
Tag(s) : #Cycles, #Animation

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