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Le ruban blanc

Palmes d’or légendaires 7/7 - 2009


Allemagne  du Nord, à la veille de la première guerre mondiale. Un petit village protestant est en proie à d’étranges événements punitifs et vindicatifs (accidents, mort, sévices corporels). On tente de les comprendre, de trouver le(s) coupable(s), mais on préférera ne rien élucider, ni même considérer un commencement de vérité. Comme à son habitude, Michael Haneke ne tranche pas en seul arbitre, il laisse juge et partie le spectateur par rapport aux responsabilités (et conséquences à venir) d’une haine sourde, réponse primaire à une discipline aveugle, saoule de rigorisme puritain imposant effroi et dévotion. C’est bien-là la grande affaire du film, celle d’un réquisitoire associant l’Histoire (l’Allemagne avant le nazisme) à une réflexion sur la violence psychologique, et celle encore d’une évocation implacable d’institutions sclérosées par un ordre répressif basé sur le sacrement du péché et une éducation familiale fascisante (censures, punitions, plaisirs prohibés, peur du sexe, déviance incestueuse).

C’est également la toute-puissance du père, et le Père tout-puissant, qui prévalent structurellement à l’égard de toutes les couches sociales (du noble au paysan), et aussi des âmes et des corps, ceux des femmes et surtout des enfants, victimes exutoires, futurs bourreaux peut-être, d’un patriarcat suffisant (scène terrible du médecin humiliant, par les mots, sa maîtresse), engoncé dans ses traditions, avide d’influences et de châtiments. La description clinique de celui-ci, minutieuse et presque entomologiste, octroie au film une nature glaçante à laquelle on peut, légitimement, rester hermétique. S’il est vrai que le film est d’une rare ambition dans son étude et ses béances, il souffre d’un manque d’émotions qu’Haneke, certes, n’a jamais tenté de dissimuler. Sa démonstration, austère, sur les incidences d’une sauvagerie sous-jacente est proprement vertigineuse, mais le tour de force demeure ascétique, trop suffocant.

La grande maîtrise formelle d’Haneke, ici pleinement accomplie (noir et blanc splendide, hors-champ remarquable, interprétation et sens du cadre précis, diction allemande hypnotique, tranchante comme une lame de couteau), est indiscutable et n’est plus, de toute façon, à démontrer. Elle a le mérite d’aller de soi avec l’ambiance monacale du film et permet, éventuellement, de supporter les 2h30 de ce bloc de ténèbres. Sans pouvoir se passionner totalement pour cette œuvre radicale et impressionnante, quelque chose d’abyssal s’en dégage pourtant, quelque chose d’infinitésimal aussi, et qui tolère une lueur d’incarnation, de trouble latent face à la vision tendue de ce microcosme (que l’on peut étendre à une géographie plus universelle) où l’autoritarisme mental et social promet de beaux jours sombres aux futures générations hitlériennes (et à celles d'après).


Michael Haneke sur SEUIL CRITIQUE(S) : Funny gamesLa pianisteAmour, Happy end.

Le ruban blanc
Tag(s) : #Cycles

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