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Spring breakers

Harmony Korine fut longtemps (est toujours ?) la figure excentrique et emblématique d’un cinéma U.S. indépendant à la marge avec un petit quelque chose de hype et franchement tendance. Scénariste choc chez Larry Clark (Kids et Ken Park), réalisateur de films barrés jamais loin de l’expérimentation visuelle (Gummo, Julien Donkey-Boy, Mister Lonely, Trash humpers), jadis boyfriend de Chloë Sevigny qui fut sa muse avant qu’elle ne parte s’encanailler avec Vincent Gallo dans The brown bunny, Korine, même s’il n’abandonne rien d’un cinéma atypique, offre avec Spring breakers son film le plus "accessible" (mais le moins percutant).

Korine s’amuse à gentiment malmener l’image respectable d’icônes teenage (Selena Gomez, petite amie de Taylor Lautner ou Justin Bieber, Vanessa Hudgens, ex-ambassadrice Disney des fades High school musical…) et à transformer James Franco, toujours partant pour des projets un peu plus off, en gangsta rap rasta. Il dynamite aussi les rêves incertains de jeunes filles en fleur vite rattrapés par la réalité : le prince charmant se prend pour Tony Montana, le royaume enchanté est un enfer de débauche et de coma éthylique, et la fin de l’histoire a le goût âcre d’un lendemain de cuite avec du vomi plein les cheveux. Pour le mariage et les enfants, faudra repasser.

Croyances désabusées, gorgées amères et folies pleines de spleen, renforcées par la litanie entêtante des mots ("Spring break forever", "On le fait, ou bien ?"…) et des sons (mélodies en continu, chargements de revolver…) qui résonne comme l’agonie d’un idéal : le film est en bad trip. Au revers de ses falbalas racoleurs (on parle de double péné, on braque sur du Britney Spears, on ménage à trois dans la piscine…), Spring breakers cache en fait un cœur de midinette, une âme de jeune pucelle qui ne sait pas encore mouiller et se languit de sa maman. Sous le trash, l’illusion d’un Dieu (n’importe lequel : le flouze, la baise ou un type cloué sur une croix) ; sous la plage, le confort d’une chambre avec des peluches (et d’une pipe à crack).

Ce qui intéresse d’abord Korine, ce sont les failles d’une humanité larguée derrière ses oripeaux et ses travers, qu’ils prennent l’allure d’un déguisement de sosie (Mister Lonely), de masques fripés (Trash humpers) ou, comme ici, de cagoules roses et de vernis à ongles bigarré. Le propos, selon l’humeur, pourra sembler ironique ou vain ou moralisateur (vouloir vivre sa vie dans l’oubli et la licence, vouloir la brûler à tout prix, pour finalement retourner à ses études et dans les jupons de sa mère : quoi, tout ça pour ça ?). Intégrant le phénomène du spring break (orgies et beuveries étudiantes pendant des jours avec toutes les dérives qui vont avec) à sa réflexion sur une jeunesse en mal de repères, Korine fait de ses mini-bimbos des égéries générationnelles qui cafardent.

Entre séquences attendues de spring break (alcools, drogues, filles en bikini, lolos à gogo, musique à fond…), poésie en vrac et déambulations arty, Korine parle d’espoirs perdus et à (re)construire en une espèce de long clip MTV où l’on cherche, à bout de souffle, un intérêt soudain, où l’on voudrait que quelque chose s’illumine, nous explose enfin à la gueule, nous retourne un bon coup. Malgré les nuances acidulées et les couleurs fluos (Benoît Debie, directeur de la photographie chez Du Welz et Noé, notamment  sur Vinyan ou Enter the void, s’est surpassé), malgré une bande-son accrocheuse et une mise en scène relax cherchant à taquiner nos sens, Korine peine à concrétiser son propos (la faute à un scénario en roue libre) et à en faire autre chose qu’une coquille un peu vide qu’on remplira à sa guise (et si on a envie).

Spring breakers
Tag(s) : #Films

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