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The we and the I

Je, tu, il, et puis nous, vous et ils. Et elle(s) aussi, et puis tous les autres. Pronoms personnels et entiers à la fois, je suis parce que nous sommes, tu es parce que je suis. La grammaire finalement, c’est super facile, réduite ici à un ensemble nominal dans un bus qui parcourt le Bronx jusqu’à la nuit. Pour ce qui est du cinéma en revanche, la leçon passe mal. Le dispositif du film est simple : une bande de jeunes branleurs (et branleuses) monte dans un bus après leur dernier jour de classe. C’est les vacances, c’est la quille, ça se marre et ça s’agite, ça gueule et ça s’engueule, la caravane passe et la galère vogue. 1h45 de rien, ça vous tente ? Gondry the frenchy part d’un souvenir de son adolescence parisienne pour en faire un objet filmique insignifiant, recommandable seulement (éventuellement ?) pour une poignée de skybloggeurs en quête d’auteur.

À moins d’avoir 16 ans ou moins de 16 ans, de kiffer le langage SMS, les vidéos de Norman sur YouTube et les samedis après-midis aux Halles, on ne sourit que rarement à tout ça (ennui poli dans une salle pourtant bondée, maigres applaudissements en fin de séance), déconfit par tant de vacuité et de lourdeur. Les histoires sont pourries, les vannes sont pourries et les gags sont pourris (quand la petite vieille court après un des djeuns en le tapant avec une branche d’arbre, juré craché, on dirait du Benny Hill). Malgré la modestie et la sincérité du propos, Gondry ne parvient pas à porter son sujet au-delà d’une vision trop simpliste (personnages stéréotypés, discussions crétinisantes, péripéties molles, d’une soirée d’anniversaire à organiser à des pizzas à emporter…) qui dessert sa tentative de captation du réel d’une jeunesse bouillonnante, prête à s’émanciper, et pas aidée non plus par une mise en scène plan-plan.

Ce huis clos ambulant aux allures théâtrales, où l’on rejoue le (et se joue du) monde en attendant de devenir adulte (mais sans se presser), n’a que du vide à offrir : à ce point de non enjeux, de non tension et de non empathie, c’est très fort. Gondry essaie d’entrelacer les rapports à soi-même aux rapports du groupe, de l’entité à l’ensemble, du moi et du ils, du je et du nous, mais échoue constamment à créer une véritable synergie entre les différents protagonistes ; chacun à, indistinctement, droit à sa petite scène, et les quelques interactions physiques et verbales se limitent le plus souvent à des insultes ou des (sales) coups, mais jamais à des bavardages constructifs, servant au moins les aspirations du film, son idéal.

Les vingt dernières minutes, interminables, ne sont que deux longs tunnels de dialogues indigents, superflus (alors que ce sont les échanges supposés être les plus "réfléchis", les plus signifiants d’un point de vue social et humain), sur les papas, la famille, et sur qu’est-ce que tu fais pour les vacances, et pourquoi t’as dit ça, et pourquoi tu m’aimes plus, et est-ce que tu veux ressortir avec moi, et je sais pas trop, blablabla, en plus du rajout d’un élément dramatique grossier et inutile qu’on voit arriver à des kilomètres. Il vaut mieux revoir L’esquiveKen Park ou Entre les murs : là du coup, l’adolescence passionne, crépite, brille de mille feux et de mille promesses.


Michel Gondry sur SEUIL CRITIQUE(S) : L'écume des jours.

The we and the I
Tag(s) : #Films, #Cannes 2012

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