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Trance

Danny Boyle, à l’instar de son compatriote Michael Winterbottom, a touché à tous les genres avec plus ou moins de succès, du film de zombies à la science-fiction en passant même par une relecture mélodramatique de Qui veut gagner des millions ? à la sauce Bollywood. Du coup, difficile de cerner les prétentions auteurisantes du bonhomme, et puis Boyle doit s’en contrefoutre de toute façon, lui qui filme pour le plaisir (du spectateur) et pour le fun (le sien). Inutile donc de chercher un sens à ce Trance, mais en savourer d’abord l’excitation, le goût du jeu, de la charade et de la devinette, à la manière d’un Memento ou d’un Usual suspects qui, débarrassés de leur dispositif cinématographique retors, ne racontent pas grand-chose de plus intéressant qu’ici.

Histoire de tableau volé et de malfrats sous hypnose, Trance est une sorte de MacGuffin moderne et pulsé, un exercice de style poussé jusqu’à ses limites (celles qui feront dire, à beaucoup, que le film n’est que vide et prétention). Le tableau à retrouver est un prétexte, une foutaise pour élaborer avant tout un rébus mental sur les apparences, la perception et la réminiscence. Ce tableau (Le vol des sorcières de Goya) prend évidemment une dimension plus que symbolique par rapport à la construction du film avec ses deux niveaux de lecture qui se superposent, et on pourra même reconnaître Simon (le héros dont la mémoire flanche pas mal) dans cet homme voilé qui fuit et se dissimule, et Elizabeth (l’intrigante hypnothérapeute) dans ces trois sorcières dévorant un homme à l’agonie.

Un autre tableau, présenté en tout début de film, apporte lui aussi un indice à sa relative compréhension, celui de Tempête sur la mer de Galilée de Rembrandt où le peintre flamand apparaît dans sa propre composition, allusion à Simon découvrant sa participation au vol et qui semble être le point central de toute cette pagaille. Mais comment en être sûr ? On est rapidement dépassé par les événements qui s’empilent et s’imbriquent en continu parce qu’on ne sait jamais si les protagonistes sont sous hypnose ou dans la réalité (mais à quel niveau ?), et qui manipule qui, et qui trompe qui, et qui soupçonne qui. D’où l’achèvement d’une délicieuse spirale infernale qui nous mène de mensonges en vérités pour mieux les infirmer par la suite.

La résolution de l’énigme (pas très probante, et même décevante) est d’ailleurs moins importante que son tortueux cheminement et sa jouissive démonstration par l’excès. Excès de couleurs (superbe photographie d’Anthony Dod Mantle), de violence, de cadres hyper composés, de reflets, de miroirs, de vitres et d’acteurs qui s’amusent comme des fous (James McAvoy, Vincent Cassel et Rosario Dawson, parfaite en femme fatale amoureuse). Dommage en revanche pour l’abus de musique qui finit franchement par abrutir. Trance propose une expérience visuelle immersive qui jamais ne relâche ses effets (et ses efforts), et il faut, sans renâcler, accepter son côté roublard et ludique pour apprécier à l’envi ce puzzle tarabiscoté.


Danny Boyle sur SEUIL CRITIQUE(S) : La saga 28, Sunshine, Slumdog millionaire, 127 heures, Steve Jobs, T2 Trainspotting.

Trance
Tag(s) : #Films

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