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Vanishing waves

La Lituanie ne s’est jamais vraiment imposée en termes cinématographiques, et si Sharunas Bartas (qui, d’ailleurs, joue dans le film) a su porter, au milieu des années 90, sa chétive production sur le devant de la scène internationale (en particulier grâce à Corridor, Few of us et le sublime The house), ce ne fut, hélas, qu’un bref et lumineux éclat dans les Élysées du septième art. Kristina Buozyte, jeune réalisatrice de deux thrillers passés complètement inaperçus il y a peu (Kolekcioniere en 2008 et Park ’79 en 2009), pourrait bien corriger cette tendance (au moins pour un temps) avec cet étrange Vanishing waves récompensé du Méliès d’or en 2012.

Reprenant thèmes et inspirations d’Au-delà du réel de Ken Russell, de The cell de Tarsem Singh ou même de La jetée de Chris Marker, le film raconte l’odyssée mentale de Lukas, jeune scientifique participant à une expérience neurologique qui vise à explorer l’esprit d’une femme dans le coma avec, comme frêle et ardent espoir, de la ramener parmi le monde des vivants. Esthétiquement, le film est une réussite (Buozyte a un vrai sens du cadre et de la direction artistique), du moins dans ses parties "inconscientes" quand Lukas parcourt la psyché d’Aurora, terra incognita tumultueuse et incertaine qui garde en elle les secrets de sa disparition d’ici.

Avec un budget limité, Buozyte est parvenue à inventer un univers fantasmatique concret et cohérent faisant la part belle aux éléments (eau, bois, soleil…) et aux matières brutes (chair, sable, sang…) dans lesquels se devinent l’écho et les traces d’une existence passée. Plusieurs scènes sont magnifiques et visuellement stimulantes, tel ce soleil rouge qui palpite dans l’horizon, pareil à un iris enflammé, telle cette maison en bois sur la plage qui semble se désagréger, se décomposer en lambeaux comme une sculpture éphémère d’Andy Goldsworthy ou de Tadashi Kawamata, ou telle encore cette orgie dans le noir où les corps finissent par s’amalgamer.

Dommage néanmoins que Buozyte cherche à tant expliciter les choses, à tant vouloir les démêler, comme si elle prenait peur soudain, peur d’égarer le spectateur, peur de s’empêtrer elle-même, offrant de trop nombreux points d’entrée et de sortie à sa singulière rêverie alors qu’il eut été préférable, et plus passionnant aussi, de s’y perdre et de s’y résigner complètement sans avoir, d’emblée, toutes les clés à sa disposition (à la manière de Mulholland Drive). Dès qu’il revient à la réalité, dès qu’il s’extraie des abysses de l’imaginaire, Vanishing waves abandonne à la normalité un peu de son pouvoir de fascination. L’intensité de son histoire d’amour (celui de toute une vie), en résistance aux entrelacs de l’âme, suffisait à pleinement convaincre sans devoir y apporter des considérations scientifiques (et psychologiques) de bazar. Exprimer plutôt que révéler : c’était une perspective tentante que Buozyte n’a pourtant envisagé qu’à demi-mot.

Vanishing waves
Tag(s) : #Films

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