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Vicky Cristina Barcelona

Variations légères (très légères) sur la passion confrontée à la notion de décision, Vicky Cristina Barcelona ne dépasse malheureusement pas le stade d’un aimable batifolage ensoleillé, convenu et sans aspérités. Plus proche d’un sitcom insignifiant que d’un Rohmer sophistiqué auquel il pourrait faire penser, la dernière œuvre de Woody Allen souffre d’un rythme traînant et d’une mise en scène pantelante. Il est même à se demander comment Allen a pu tourner un film tellement peu charnel avec un trio d’interprètes au charisme brûlant. Quand on a le luxe de se payer Scarlett Johansson, Penélope Cruz et Javier Bardem dans un même film, le minimum est d’arriver à bander pour eux.

Son scénario avait pourtant de quoi surprendre et annonçait une belle impertinence, parce que montrer l’amour sous ses différentes alternatives (hésitant, révolu, frustré, partagé, subi, à trois, à mort) constituait un sujet fort appelant à la licence et à l’incarnation. On espérait pourquoi pas Allen rencontrant le feu de Bigas Luna ou croisant le piquant d’Almodóvar ; on se contentera plutôt d’un gentil marivaudage au charme effarouché. Le film n’est pas désagréable en soi (les acteurs le sauvent réellement du naufrage) et se regarde sans ennui, et parfois même avec drôlerie ("In English, Maria!"), mais toujours avec indifférence.

Tout reste poli, superficiel et rarement sagace, à l’image de son esthétique et de sa réalisation. Les teintes monochromes et ternes de Javier Aguirresarobe (qui semble avoir oublié un filtre orangé devant l’objectif de sa caméra) atténuent le côté sensuel, voire épicurien, des intrigues, et la réalisation donc innove peu, surprend guère, décourage beaucoup. La soi-disant verve retrouvée d’Allen a cependant tout de la saillie molle. Il y a même quelque chose de triste dans ses efforts de renouvellement qui en font à peine, triste comme la fin du film qui conclut sur une partition amère quant aux illusions sentimentales, sabordées par la prudence et la bienséance sociale.


Woody Allen sur SEUIL CRITIQUE(S) : Woody et les robots.

Vicky Cristina Barcelona
Tag(s) : #Films

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