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Wall-E

Petit Sisyphe à carte mémoire informatique (celle d’un Mac visiblement), Wall-E nettoie méthodiquement ce qu’il reste de l’humanité sur Terre (ses déchets), érigeant à la gloire de notre perte des édifices gigantesques faits des rejets d’une civilisation qui s’est auto-anéantie. Cette première partie extraordinaire retranscrit magnifiquement la désolation terrible d’une planète abandonnée par la vie (et ses habitants) et la solitude d’une machine affectueuse qui semble rêver à un autre destin. Puis Eve débarque, et c’est le coup de foudre robotique qui emporte tout. Sans aucun dialogue et avec seulement deux bouts de ferraille perdus dans une décharge monumentale, les magiciens de Pixar parviennent à illustrer un étonnant et merveilleux apprentissage des sentiments à l’égal d’un Marivaux revisité : les premiers pas amoureux, les premiers émois et les premiers frémissements (qui rappelleront sûrement, aux trentenaires nostalgiques, la rencontre inoubliable de Nono et Nanette dans Ulysse 31).

Et parce que ces mêmes magiciens supposent qu’on ne peut pas faire tout un film en ne parlant que de ça (ils ont tort) et qu’il faut bien rentabiliser celui-ci en sachant plaire à toutes les générations, les voilà qui embarquent nos deux tourtereaux dans des aventures spatiales décousues, ennuyeuses et en décalage total avec la belle poésie audacieuse et déglinguée de la première demi-heure (la scène des cargos en flamme est superbe). Pourquoi un tel saccage ? Pourquoi une telle propension à un spectacle si vide de sens et de retenue ? Quelles obligations y’avait-il à emmener le film vers des rebondissements superficiels (et graphiquement très laids) à la portée environnementale ringarde ?

Perdus dans ce fiasco scénaristique censé blâmer nos habitudes consuméristes, maints petits détails et petites scènes parviennent toutefois à illuminer le film, à enchanter, à séduire, à faire rire, ne serait-ce, déjà, que le côté monomaniaque et obsessionnel de Wall-E qui n’a qu’un seul mot à la bouche (ou plutôt à son processeur), celui d’Eve qu’il répète inlassablement comme un sésame providentiel à son bonheur. Et ses courtes prestations irrésistibles avec M-O (pour Microbe Obliterator) constituent sans doute les scènes les plus drôles du film parce que simples, spontanées et débarrassées de tout message maladroit (leur brève présentation mutuelle est d’une drôlerie éclatante). Touchant et sublime dans son introduction, Wall-E sacrifie sa sobre et parfaite originalité au détriment d’une intrigue sans rayonnement qui s’octroie, de plus, la supposée pertinence d’une mise en garde et d’une responsabilité écologiques naïves.
 

Pixar sur SEUIL CRITIQUE(S) : RatatouilleLà-hautToy story 3Rebelle, Monstres academy.

Wall-E
Tag(s) : #Animation

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