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Les beaux jours

Fanny, Fanny, Fanny… En fait, il faudrait écrire des bouquins sur Fanny Ardant, enfin pas sur elle, mais des bouquins sur sa voix. Des encyclopédies même, des thèses. Son timbre, son grain, son phrasé, ses modulations, ses variations… Quand elle dit simplement "Oui", quand elle dit "Je crois pas" ou "Vous me faites du plat", quand elle rit, nous on chavire. La moindre des banalités devient un vers de poème, une fulgurance, une évidence. Même Deneuve, même Adjani, même Huppert n’ont pas, quand elles parlent, cette tessiture particulière, chaude et envoûtante, qui fait rêver, ferait aimer Vincent Delerm et donne envie de voir et revoir les derniers Truffaut (La femme d’à côté et Vivement dimanche !).

Fanny donc, ou plutôt Caroline, héroïne troisième âge du nouveau film de Marion Vernoux qui avait abordé déjà le thème du "ménage à trois" dans son pétillant Love, etc. (qui se terminait lui aussi sur une plage) où l’amour venait semer désordres et confusion du genre entre trois amis (Gainsbourg, Attal et Berling). Histoire banale, éternelle, d’un adultère consommé entre une femme mariée, à la retraite, et un jeune professeur d’informatique (Laurent Lafitte, surprenant en tombeur de province mal dégrossi, un peu ringard, mais attachant) rencontré dans un centre de loisirs pour seniors énergiques. Un peu trop de vin, un peu trop de confidences, un baiser donné un peu trop vite sur la jetée, puis dans la voiture après une étreinte un peu trop hâtive. Les choses commencent comme ça entre eux, rapidement, et iront jusqu’où il sera possible d’aller en faisant avec le reste, avec les autres, avec les aléas.

Vernoux ne tente pas l’étude psychologique, ne vise pas le pathos, mais fonce à l’essentiel, celui de l’amour sans se poser de questions, plus physique, plus instinctif qu’autre chose. C’est profiter d’abord, quel que soit l’âge. Pas de grandes déclarations, pas de grandes phrases ni de grands sentiments, rien que l’instant, son ivresse, sa beauté et sa fragile assurance. Pourtant on aurait préféré, et sans forcément tomber dans le graveleux, dans l’œuvre choc qu’un tel sujet laissait supposer, quelque chose de plus troublant, de plus tenace que cette gentille chronique d’une incartade qui, finalement, restera sans conséquence, à l’image de ce film agréable et inoffensif.


Fanny Ardant sur SEUIL CRITIQUE(S) : Ridicule, La grande bellezza.

Les beaux jours
Tag(s) : #Films

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