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Oh, Otto !

Oh, Otto !, petite série réjouissante débarquée de nulle part (malgré sa sélection à Canneséries et ses deux prix remportés), est une proposition à la fois délicate et affirmée (la série est interdite aux moins de 16 ans, n’hésitant pas à parler frontalement de sexe et à le montrer) dans le paysage des séries contemporaines abordant les thématiques LGBTQIA+. Le récit se concentre sur les déboires sentimentaux (mais pas que) d’un jeune Bruxellois parfois maladroit, souvent perdu, toujours touchant, tout en capturant des enjeux disons plus "universels" liés au couple et à l’acceptation de soi. La série explore ainsi les nuances et les hésitations du quotidien, les questionnements personnels et ces petits moments qui, sans savoir pourquoi, peuvent tout faire chavirer.

Presque inévitablement, on pensera, sans pouvoir s’en empêcher, à Queer as folk ou à Looking puisque, à l’instar de la série de Michael Lannan, Oh, Otto ! s’intéresse moins à une intrigue spectaculaire qu’à des trajectoires de vie en milieu urbain (San Francisco vs Bruxelles). Et puis on y retrouve cette même attention portée aux gestes, aux regards et aux silences, à cette temporalité étirée des émotions, à la manière dont la série sait aborder les relations secondaires. Les amis (Lente, la meilleure amie d’Otto, doute soudain de sa vie à deux rangée avec son copain), la famille (la mère d’Otto avec qui celui-ci est en conflit), l’ex qu’on n’arrive pas à oublier, les rencontres ponctuelles : tous ces personnages gravitent autour d’Otto sans jamais apparaître comme de simples faire-valoir.

Chacun apporte une perspective différente sur la déroute affective, sur le désir ou la norme sociale. Cette finesse d’écriture permet d’éviter l’écueil du récit centré exclusivement sur la recherche (évidemment contrariée) du "grand amour", et ne transforme pas le parcours d’Otto en une simple succession de conquêtes, en une trajectoire linéaire vers une relation idyllique. Les rencontres qu’Otto fait au fil des épisodes sont marquées par une diversité de tonalités : certaines sont fugaces, d’autres laissent une empreinte plus durable, et quelques-unes semblent, l’espace d’un instant, promettre quelque chose de plus profond.

Ce qui est intéressant, c’est que la série ne hiérarchise pas ces expériences de manière trop évidente. Une rencontre brève peut avoir un impact émotionnel inattendu, tandis qu’une relation qui semblait prometteuse peut se déliter sans explication claire (en particulier celle avec Diederik). Cette approche reflète avec justesse et drôlerie la réalité des relations modernes (certes plus spécifiquement chez les gays), notamment dans un contexte où les applications de rencontres redéfinissent, souvent en mal, les modes de connexion entre individus. Ce parcours amoureux est indissociable d’une forme de tension entre envies et idéaux. Otto ne cherche pas seulement à rencontrer des hommes, il cherche à être aimé dans sa globalité.

Cette aspiration est traitée avec finesse précisément parce qu’elle n’est jamais présentée comme une finalité garantie. Il est également intéressant de noter que la série ne dissocie jamais complètement le désir physique de la quête sentimentale. Les rencontres d’Otto peuvent être motivées par l’attirance immédiate, mais elles révèlent souvent, en creux, un besoin plus profond d’intimité réelle à deux. Seul bémol, pour finir : la série ne se concentre que sur sept petits épisodes d’environ 25 minutes. C’est trop court pour développer certains arcs narratifs qui auraient mérité davantage de profondeur (la relation d’Otto avec sa mère par exemple, ou celle avec Franck). Pas grave. Le plaisir est là : on s’amuse et on s’attendrit des (més)aventures amoureuses d’Otto, on apprend des choses (connaissez-vous le petrichor ?) et on espère très vite une prochaine saison 2.

Oh, Otto !
Tag(s) : #Séries

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