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Toy story 5

Depuis plus de trente ans, depuis 1995 précisément, la saga Toy story accompagne plusieurs générations de spectateurs. Chaque épisode a su capter une étape particulière de l’enfance et du passage à l’âge adulte (comment oublier le bouleversant final de l’épisode 3 ?). Après une conclusion que beaucoup considéraient comme définitive avec Toy story 3, puis un quatrième volet mollasson qui trouvait malgré tout une justification à son existence en explorant la quête d’identité de Woody, l’arrivée de Toy story 5 suscitait plus de curiosité qu’une véritable attente. Malheureusement, si ce nouvel opus possède quelques qualités indéniables, il donne surtout l’impression d’une belle occasion manquée.

L’idée de départ était pourtant diablement prometteuse. Opposer les jouets à un univers où les enfants sont de plus en plus absorbés par les loisirs numériques constituait un propos pertinent et riche en possibilités narratives. À une époque où tablettes, smartphones et jeux vidéo occupent une place considérable dans le quotidien des plus jeunes (incarnés ici par une tablette prénommée Lilypad), voir Jessie, Woody, Buzz et leurs amis tenter de préserver leur rôle dans l’imaginaire enfantin semblait être un prolongement naturel des questionnements déjà abordés par la franchise. Mais le film n’en tire jamais pleinement parti.

Là où on pouvait espérer une réflexion malicieuse sur l’évolution des modes de jeu, voire une satire de notre dépendance aux technologies et ses méfaits (isolement, diminution des interactions humaines, perte du jeu créatif), le scénario reste souvent en surface. Résultat : la confrontation entre joujoux traditionnels et objets connectés manque particulièrement de mordant, et c’est d’autant plus regrettable que le potentiel comique était immense. La série a toujours excellé lorsqu’elle confrontait ses héros à des environnements qui les dépassaient. On imagine facilement les situations cocasses qui auraient pu naître de la rencontre entre les personnages et les nouvelles habitudes des enfants. Las ! Les gags liés à cette opposition restent relativement rares (et souvent prévisibles). Bien sûr, quelques séquences font sourire, mais les éclats de rire se font plus discrets que dans les précédents épisodes.

Toy story 5

Et puis il y a un autre hic : la gestion du "casting". Depuis le premier film, Toy story s’est construit autour d’un groupe où chaque figurine possède sa personnalité propre. Rex, Bayonne, Monsieur Patate ou encore Zigzag, contribuent à créer une dynamique collective et chaleureuse. Dans ce cinquième chapitre (à l’image finalement du quatrième), nombre de ces personnages sont relégués à l’arrière-plan. Certes, le spectateur retrouve avec plaisir ces figures familières, mais leur présence relève quasi du clin d’œil, et non d’une véritable participation à l’aventure. Certains n’ont que quelques répliques tandis que d’autres disparaissent presque totalement du récit. Or, l’une des richesses de la saga résidait dans cette impression de "famille recomposée" où chacun apportait quelque chose à l’ensemble. De même, certains nouveaux personnages auraient mérité davantage d'attention (on pense à Rouleau pote) plutôt que de servir de "simples accompagnateurs".

À l’inverse, le scénario choisit cette fois d’accorder une place importante à Jessie et à Buzz (qui lui, pour rappel, a déjà eu droit à son film). Sur le papier, ce choix n’a rien d’incohérent puisqu’ils sont des visages emblématiques de la franchise. Cependant, les axes narratifs qui leur sont consacrés peine à convaincre, en particulier celui de la petite troupe de Buzz (c’est, en revanche, plus intéressant en ce qui concerne Jessie et son retour aux "origines"). Et leur développement monopolise un temps précieux qui aurait pu être consacré à d’autres enjeux. Mais tout n’est pas à jeter dans ce cinquième volet. L’amitié demeure au centre du récit (Bonnie a du mal à se faire de nouveaux amis, d’autant que ceux-là sont accaparés par leur tablette) et continue de constituer la colonne vertébrale émotionnelle de la série. Même lorsque le scénario peine à surprendre, les interactions entre nos héros rappellent pourquoi nous nous sommes attachés à eux au fil des décennies.

Certaines scènes évoquent avec justesse le souvenir des jeux d’enfance, cette période où quelques objets suffisaient à bâtir des mondes entiers, le long-métrage rappelant que les jouets ne sont pas seulement des "trucs", mais aussi des réceptacles de souvenirs et d’émotions. C’est pour cela que la thématique des écrans aurait gagné à être davantage développée. Derrière cette opposition entre jeux traditionnels et divertissements numériques se cachait une observation passionnante sur la manière dont les enfants construisent aujourd’hui leur imaginaire. Au final, Toy story 5 reste un divertissement disons agréable, davantage parenthèse sympathique que suite véritablement indispensable. En cherchant à parler du monde contemporain sans jamais pleinement s’y confronter, il passe à côté d’une réflexion qui aurait pu faire de ce retour une œuvre aussi marquante que ses illustres prédécesseurs.


Pixar sur SEUIL CRITIQUE(S) : Ratatouille, Wall-E, Là-haut, Toy story 3, Rebelle, Monstres academy, Les indestructibles 2, Toy story 4, Soul.

Toy story 5
Tag(s) : #Animation

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