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Leviticus

Il y a, dans beaucoup de films d’horreur, une vieille règle qui prévaut ; une règle immuable : qui désire s’expose (et meurt, évidemment). Les slashers des années 80 l’avaient en partie instituée (puis remise au goût du jour dans Scream, puis un peu plus tard dans It follows), puis la mirent en pratique pour sanctionner les adolescents ayant le malheur de trop flirter et de s’embrasser (et plus si affinités). Adrian Chiarella, passionné par le cinéma d’horreur depuis l’enfance, en garde donc le principe, les causes et les conséquences. Naim et Ryan, deux garçons d’une ville paumée d’Australie, se rapprochent, puis nouent une relation fragile à l’abri des regards. Avant que quoi que ce soit ne tourne mal, on comprend déjà que le monde autour d’eux (une communauté ultra-rigoriste) ne paraît pas vraiment ouvert à ce genre "d’amitiés particulières", pour reprendre Peyrefitte.

Le film tient ainsi à cette redoutable idée scénaristique : une entité prend le visage de celui ou celle que chacun ou chacune désire en secret (et contre le poids des normes religieuses). Ici, pas de bestiaire monstrueux ni de psychopathe des Enfers, juste un mécanisme qui transforme l’être aimé en arme, en messager de la Mort. Sur le plan du suspense, ce processus fait de chaque rencontre un piège, puisqu’on ne sait jamais si la silhouette qui s’approche est réelle ou si elle est une menace. Sur le plan dramatique, il empêche les héros de fuir, condamnés à leur sort parce qu’on n’échappe jamais à ce qu’on désire plus que tout. Chiarella a d’ailleurs l’intelligence de ne pas trop en dire sur la nature de l’entité (et de son "créateur"), quitte à ménager plusieurs zones d’ombre que l’on trouvera, selon les sensibilités, frustrantes ou bienvenues. Il préfère l’effroi diffus à la démonstration, les interrogations aux explications.

Mais c’est dans son rapport aux thérapies de conversion que Leviticus trouve sa vraie portée. Le point de départ du récit, une cérémonie d’exorcisme censée "guérir" deux garçons, s’inspire de pratiques qui existent bel et bien (et interdites en France). Le fantastique ne sert pas d’échappatoire, il matérialise le fait que l’on puisse arracher un désir à celui qui l’éprouve, et montre ce que produit l’acharnement à vouloir le punir. Ce que l’on refoule revient ainsi sous une forme prenant littéralement corps, et résolue à vous anéantir à tout prix. Surtout, Chiarella refuse de traiter le désir adolescent comme une faute ou un péril, le danger venant uniquement de la société qui s’autorise à le nier. Ce que la société empêche, elle le fabrique, et le vrai prédateur, ici, est ce groupe d’adultes aveuglé par sa foi et garant d’une soi-disant bonne morale.

Dommage pourtant que la conclusion arrive un poil trop vite. Avec sa durée contenue (à peine 1h20), le récit avance à marche forcée, et la dernière partie donne l’impression d’un fil tranché net (ce qui, en soi, n’est pas nécessairement un défaut). Le lien entre Naim et Ryan, que l’on aurait souhaité voir approfondi, reste esquissé ; la mythologie de l’entité, certes volontairement discrète, aurait sans doute gagné à deux ou trois précisions ; et la paranoïa que laissait espérer le principe de départ n’est finalement jamais poussée jusqu’au vertige. Le dernier plan, mélange de désolation et de soulagement, touche juste, et l’on devine que cette brusquerie relève en partie d’un choix, celui de refuser une possible catharsis. Reste un premier film sensible et formellement maîtrisé qui laisse espérer beaucoup du jeune cinéaste.

Leviticus
Tag(s) : #Films

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