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Eddington

Une ville. Un pays. Notre monde. Et puis un virus, le Covid-19. Et voilà nos sociétés, début 2020, en état de choc. Obligées de se confiner pendant plusieurs mois. En vase clos, comme livrée à elles-mêmes, avec ce que cela va drainer de panique et de changements moraux, de paranoïa et de généralisation de la bêtise à un niveau anormalement élevé (et qui va le rester). Eddington, Nouveau-Mexique, ne va pas échapper au fléau, plongeant la bourgade dans un chaos prompt à révéler les comportements les plus extrêmes. Pour Eddington, Ari Aster a décidé d’y aller cash. De brancher la sulfateuse. De dire et de (dé)montrer sans chercher la nuance avec ce que cela suppose, de la part du spectateur, de rejet ou d’acceptation de cette volonté-là. Cette volonté du gros trait.

Mais en y réfléchissant bien, comment pouvait-il en être autrement face à des situations et des évènements où la nuance, justement, s’est vue complètement éradiquée au profit de l’épidermique, de la vocifération ? Eddington est une farce parce que le monde, et les États-Unis en particulier depuis Trump et le Covid, en est devenu une. Et Aster ne va rien oublier au (sombre) tableau de nos maux contemporains dont Eddington serait le modèle parfait : complotisme et racisme exacerbés, réseaux sociaux et IA en roue libre, violences policières, factions réactionnaires, suprémacistes en folie, dérives wokes et clivages en pagaille, tout cela dans l’ombre de George Floyd, Black Lives Matter et Proud Boys (ou assimilés)…

D’où ce sentiment, à la longue, de trop-plein, de fourre-tout généralisé. D’un réquisitoire qui cherche à être exhaustif dans son observation et ses inquiétudes, mais qui en oublie de parfaire ses personnages (si l’on excepte celui interprété par Joaquin Phoenix), peu développés dans leur écriture (par exemple le maire Ted Garcia ou Michael, le policier et seul afro-américain d’Eddington) ou carrément abandonnés en cours de film (en particulier ceux incarnés par Emma Stone et Austin Butler). Comme sacrifiés sur l’autel de la gausserie asterienne toute-puissante (et jubilatoire, certes, parce qu’Eddington est souvent drôle, méchamment drôle), érigeant l’absurde et le ridicule en pare-feux contre la crétinisation de la société et la radicalisation, jusqu’au pire, de la pensée.

Après Hérédité, Midsommar et Beau is afraid, beaucoup ont vu dans Eddington un changement de genre chez Aster (mais c’était déjà plus ou moins le cas avec Beau is afraid), abandonnant celui qui l’a consacré auprès du public et de la critique (l’horreur) pour s’essayer à la satire politique (dont personne, et qu’importe ses opinions, ne sortira grandi, ou même vivant) sous la forme d’un western moderne où la loi (du plus fort) s’applique désormais autant avec les armes à feu qu’avec les téléphones portables. Pourtant, l’horreur est bien présente dans Eddington, et sous différents aspects. L’horreur des autres, ces autres qui refusent et qui ordonnent. L’horreur d’un monde qui ne comprend plus que la violence et le rejet. L’horreur enfin d’un réel qui s’est altéré, bouffé par les fake news et une surmanifestation des affects comme simples repères, et où la vérité n’est plus qu’un lointain souvenir dont la seule logique serait celle que l’on impose.


Ari Aster sur SEUIL CRITIQUE(S) : HéréditéMidsommar, Beau is afraid.

Eddington
Tag(s) : #Films, #Cannes 2025

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