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Nino

La veille de son anniversaire, un vendredi, Nino apprend, sur un malentendu, qu’il a un cancer de la gorge et qu’il doit commencer une chimiothérapie sans attendre, sans délai, dès lundi matin. Tout au long de ce week-end qui s’annonce, Nino va, par la force des choses (il a perdu les clés de son appartement), déambuler dans un Paris de début d’automne. Et, au gré de ses errements, devoir annoncer la terrible nouvelle à ses proches. À l’instar de Cléo (Cléo de 5 à 7), de Benoît (N’oublie pas que tu vas mourir) ou d’Anders (Oslo, 31 août), Nino devient soudain le capteur d’un temps présent qui paraît s’écouler différemment, d’une ville qui s’offre à lui, d’un quotidien qui se chamboule, et que la maladie rend plus sensible aux questionnements (en particulier par rapport à l’image du père, du sien et de celui qu’il pourrait devenir). À la perception des autres et à leur façon d’être.

Pauline Loquès s’est inspirée de l’histoire de Romain, un ami décédé d’un cancer à 37 ans (son film lui est d’ailleurs dédié), pour écrire et filmer celle de Nino qu’elle observe à travers ses attentions et ses gestes, dans ses rapprochements et ses étreintes aussi, plus ou moins hasardeuses. Et puis dans les tremblements d’une parole qui n’arrive pas à dire (et là, on pense au Louis de Juste la fin du monde). À confesser ce qui, pour Nino, relève de l’impossible, du non envisageable. Une parole… en travers de la gorge. Empêchée, tronquée, déviée (Nino préfère annoncer à sa mère qu’il souffre d’une dépression plutôt que d’un cancer), et dans laquelle les silences révèlent toute l’impossibilité de Nino à accepter, à envisager sa maladie.

Alors Nino, à défaut de parler, écoute. Il regarde, il ressent. Et Loquès de ne pas le lâcher à ces instants-là, de le coller comme le ferait les Dardenne en filmant aux basques, sec, sans effusions. En excluant toute tentation du pathos. Mais le film, en refusant cette surdramatisation (et ça, on ne pourra pas le lui reprocher), a, in fine, quelque chose de lisse, de convenu et qui mettrait à l’écart. Touché, mais pas coulé. Pas submergé. Et on se demande ce que Nino aurait donné si Loquès avait envoyé balader retenue et convenances pour davantage de fureur de vivre. Une fureur de vivre dans toute sa flamboyance et tous ses excès, dans sa légitimité. Peut-être pas un truc à la Dolan, non, mais un truc qui aurait vraiment pris aux tripes. N’aurait pas laissé à moitié indifférent, et ce malgré la magnifique interprétation de Théodore Pellerin. Pourtant à la fin quand, dans les bras d’un ami, Nino avoue qu’il a peur, il nous émeut. Et puis quand, plus tard, comme apaisé, il sourira à des lendemains encore possibles.

Nino
Tag(s) : #Films, #Cannes 2025

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