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Okja

Lucy Mirando, l’un des personnages principaux du film, le dit d’entrée de jeu : elle veut nous raconter une belle histoire. Okja sera, de fait, une belle histoire. Comme un conte, comme une fable dont la morale serait, en gros, devenez végétarien, du moins consommez mieux, en connaissance de cause de ce qu’il y a dans votre assiette et du mode de fabrication de vos aliments. Il faut donc voir Okja sous cet angle, la fable, naïve et enfantine (Bong Joon-ho semble assumer le côté très spielbergien de son film), mais qui n’oublie jamais de dire et de dénoncer, tel un tract antispéciste jeté à la figure (voir à ce sujet, et si vous en avez le courage, le documentaire choc Earthlings, ancêtre des vidéos de L214).

Okja commence comme un Hayao Miyazaki live. Il y a la nature, apaisée et luxuriante, une adolescente qui vit avec son grand-père dans les montagnes et son lien indéfectible avec un animal incroyable, croisement idéal entre un cochon et un hippopotame. Mais voilà, la bébête appartient à un consortium alimentaire qui entend bien la récupérer pour mettre en avant sa soi-disant respectabilité bioéthique. Commence alors une extraordinaire aventure pour la jeune Mija, déterminée à sauver Okja des griffes du méchant capitalisme moderne avec l’aide du Front de libération pour les animaux, activistes pacifistes (scène magnifique des parapluies) qui évoqueront, pourquoi pas, les trublions de L214 (encore eux).

Bong Joon-ho, comme à son habitude, entremêle les genres avec une maestria qui n’est plus à discuter : farce (dont Jake Gyllenhall serait l’élément le plus représentatif avec un jeu outré qui agace, qui agace très vite), spectaculaire (poursuites endiablées et parade new yorkaise qui vire à la panique générale), critique du cirque médiatique et des réseaux sociaux, manifeste écolo, anticonsumériste et antimondialisation, et même plaidoyer radical dans cette vision concentrationnaire des abattoirs et ce caractère un rien obsessionnel, voire excessif, de l’héroïne (Mija paraît se soucier uniquement du sort d’Okja, imperméable aux batailles et aux causes, laissant posture militante, questions morales et actions revendicatrices à ceux qui voudront bien s’en occuper).

Étrange alors, curieux que le film, tout en restant éminemment sympathique (et formellement réussi), ne parvienne pas à séduire dans sa totalité. C’est que l’attachement que l’on pouvait avoir, au début, pour Mija et pour son histoire finit par s’altérer quand l’identification à Mija ne fonctionne plus, quand on comprend toute son indifférence aux autres (à part vouloir faire des papouilles à Okja dans la montagne, Mija paraît débarrassée de tout autre affect, de tout autre fonction) et quand le film ne se regarde plus, de fait, que d’un œil devenu trop critique (la scène dans l’abattoir laisse complètement de marbre avec des protagonistes réduits à des caricatures, entre une Mija quasi robotique et une Nancy Mirando dont la vénalité extrême sonne faux, ou en tout cas bien pratique pour le scénario). Dommage alors pour ce final au joli goût d’happy end empoisonné, empoisonné parce que le monde, autour de Mija et Okja enfin réunies, et comme si de rien n’était, et comme si rien ne s’était passé, et comme si rien ne devait changer, continue à gentiment s’autodétruire à une cadence infernale (et pas seulement celle des chaînes de production).


Bong Joon-ho sur SEUIL CRITIQUE(S) : The host, Mother, Le transperceneige.

Okja
Tag(s) : #Films, #Cannes 2017

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