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City of life and death

Avec ses airs droits et dignes de Liste de Schindler chinois (le film revient sur la prise et le massacre de la ville de Nankin en 1937 perpétrés par l’armée japonaise), City of life and death est un (trop) parfait "devoir de conscience" a priori inattaquable parce que traitant d’un fait d’Histoire si terrible que le remettre en question, même artistiquement, peut passer pour une sorte d’indifférence et d’aveuglement face à l’ignominie humaine révélée dans toute sa noire béance (viols d'enfants, exécutions sommaires, mises à mort sadiques…).

Aux premiers instants d’abord, les frontières ethniques s'estompent, se dissolvent, l’horreur est tel un théâtre qui rejette l’idée même de distinction, de clivage moral (le Bien et le Mal). La mort et la folie sont partout, sans partage et sans raison. L'absurdité de la guerre, cette signature passe-partout si éculée et si vaine dans sa volonté courante, se manifeste ici brutalement, magistralement, et dans une dimension presque poétique. Les hommes, les enfants, les tireurs, les victimes, tous se confondent alors dans un impressionnant chaos de balles et d'explosions qui englobe avant tout l'humain, et non le combattant (chinois) ou l’ennemi fanatisé, sanguinaire (japonais), et semble les dépasser, les confronter principalement à leur nature profonde.

Mais cette fulgurante "mise à plat", quasi muette, des actes et des pulsions va progressivement s’estomper ; la nuance et la force d’une vision considérable vont laisser place à quelque chose de plus calibré, de plus binaire, comme rejetant toutes formes de complexité et de réflexion plus personnelle de la part du cinéaste (vaguement entrevue dans le personnage du soldat humaniste Kadokawa) pour livrer, in fine, un produit certes nécessaire, mais terriblement appliqué et conventionnel.

Aux combats opaques, fantomatiques, succèdent des représentations plus didactiques qui s’échelonnent en moments-clés à montrer, à évoquer absolument : occupation japonaise, survie dans une "zone de sécurité" (camp de réfugiés de la ville devenue un désert fumant de ruines et de gravats), exploitation sexuelle des femmes, destin à conclure pour chacun des caractères principaux. Le film perd ainsi en évocation universelle, en audace, ramenant, de fait, ses enjeux et ses mérites à une démarche démonstrative, maladroite, qui cherche davantage à susciter l’émotion (la scène des femmes levant la main, prêtes à se sacrifier…).

Nuit et brouillard, Shoah, les magnifiques Requiem pour un massacre et Les démons à ma porte, osaient un bel affranchissement aux codes du film dit "de mémoire" ; City of life and death, et malgré ses qualités apparentes (noir et blanc superbe, ampleur de la mise en scène, violence sans concession, reconstitution impressionnante…), peine à être autre chose, dans ses deux derniers tiers, qu’une espèce de travail scolaire s’érigeant en un monument aux morts contre l’oubli. Louable intention bien sûr, et portée à bras-le-corps par Lu Chuan dont l’incontestable sincérité est, principalement, de révéler à nouveau la réalité d’un massacre majeur du 20e siècle qui, aujourd’hui encore, continue à hanter les différentes générations de la Chine actuelle.

City of life and death
Tag(s) : #Cinéma asiatique

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