Quelque part, d’une certaine façon, t’es assez fier de toi : c’est la première fois que tu vas au cinéma voir un film avec Jason Statham, et t’entends déjà qu’on applaudit, t’entends déjà qu’on t’acclame. Merci. D’ordinaire, ce n’est pas ta tasse de thé, le Jason, encore que sa gueule de cockney pas aimable et ses muscles saillants peuvent, éventuellement, émoustiller ta part féminine un soir de beuverie sur fond de Nobody does it better… La McCarthy en revanche, c’est une autre histoire (son goitre, ta part masculine, un soir de beuverie, Carly Simon, tout ça). On l’aime bien McCarthy, elle est rigolote, en plus on n’a pas le droit de dire du mal d’elle parce qu’elle est grosse et que c’est pas sympa de se moquer des grosses, et même pas de sa tête de castor à qui on aurait collé un dentier (genre Jackie Sardou dans la pub Polident) parce que c’est pas sympa non plus de se moquer des castors souffrant de déchaussement dentaire.
Ce que Paul Feig ne semble pas avoir compris, l’imbécile, c’est que son machin (et McCarthy aussi) est carrément plus drôle quand son personnage d’agent secret néophyte se prend les pieds dans le tapis, enchaîne les bourdes et subit vexation sur sarcasme (les fausses identités ringardes, le seul truc vraiment hilarant du film), plutôt qu’en action woman qui, subitement, sait piloter un jet, assure dans un combat à mains nues ou tire au pistolet en mettant en plein dans le mille. D’autant que son scénario, dont on se contrefout royalement avec cette énième intrigue de bombe nucléaire prévisible à la nanoseconde près, n’arrive jamais à faire preuve d’un vrai sens aigu de l’autodérision, sinon celui de la pochade mainstream.
Hommage difforme et épais à James Bond, tout aussi raté qu’était réussi celui de Kingsman, Spy recycle tous les clichés de la saga (générique, présentation des accessoires, scène au casino…) sans une once d’originalité. Le cliché pour le cliché, ça ne marche pas, Paul : faut quand même un minimum de supplément d’âme. C’est excessivement long, miné par un comique de répétition raplapla (l’italien relou et obsédé, Statham débitant ses exploits invraisemblables…) et une mise en scène impersonnelle qu’on dirait drivée par un Commodore 64, des raccourcis grossiers et un humour parfois très pipi-caca-nichon. Quelques gags réussis (micro en mode vocoder, gadgets pourris, photos incongrues de sexe en érection…) et la bonne volonté des acteurs n’y changeront rien, et certainement pas le caméo calamiteux de 50 Cent venu ici se payer un nouveau Hummer : Spy se plante. Au moins t’auras vu Statham en cinémascope. Triste époque pour ta part féminine
Paul Feig sur SEUIL CRITIQUE(S) : Les flingueuses.