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Grave

On ne s’appelle pas Justine pour rien, surtout quand on est l’héroïne d’un film aux allures de récit d’initiation et d’apprentissage. Sade d’ailleurs n’aurait certainement pas renié celui-ci, tordu et piquant, fait de chair (beaucoup), de sexe (un peu) et de sang (pas mal). Justine donc, jeune étudiante en première année d’école vétérinaire qui, entre cours pratiques et bizutage gratiné, va découvrir soudain son véritable moi quand elle se verra obligée d’avaler un rein de lapin cru. Pas celui d’une gentille pucelle végétarienne (de mère en filles) un peu effarouchée là, intimidée ici, mais d’une femme haletante, vivante, avide de découvertes et de viande (humaine si possible).

On dirait du David Cronenberg des premières fois (on pense à Dans ma peau aussi, le film carrément traumatique de Marina de Van), mais en plus funky, en plus juteux. En plus mordant quoi. Corps en mutation, nouvelle chair, sexualité agressive et grignotage compulsif, voilà le programme appétissant de Grave. Julia Ducournau, pas froid aux yeux, y va à fond dans l’insolence, l’inconfort et le mélange des genres (le film n’oublie pas d’être drôle). Son film parle aux tripes, son film est organique, son film est physiologique (voir la séance d’épilation qui tourne à l’épreuve physique, pour Justine comme pour le spectateur). Tout y passe, comme autant de marqueurs à satisfaire : sang, sueur, vomi, plaies, poils et peaux en lambeaux…

Cet éveil des sens et du désir, sans jamais tomber dans la complaisance, cherche à aller au bout de ses idées et de ses exaltations. L’émancipation passe par l’acception de sa différence, Justine (Garance Marillier, nickel) luttant contre et pour ses instincts premiers dans une pure logique d’expression de soi, jusqu’au pire. Ce n’est d’ailleurs ni la tension ni l’horreur des situations qui intéressent Ducournau, mais davantage ce décalage entre une nature révélée, inavouable parce que "singulière", et une soi-disant normalité établie. Si l’on excepte quelques maladresses de rythme et autres broutilles scénaristiques, et puis ce twist final inutile révélant le pourquoi du comment (que l’on pressentait de toute façon), Grave, par sa fougue et son sans-gêne, vient fièrement chahuter le giron cinématographique français, plutôt avare en alléchantes sorties de route.

Grave
Tag(s) : #Films, #Cannes 2016

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