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Au poste !

Pour résumer bêtement (mais pas tant que ça) Au poste !, et pour se la jouer cinéphile docte et averti (mais pas trop quand même), on pourrait par exemple dire (mais sans décréter non plus) que c’est un "croisement post-moderniste entre la rigueur scénaristique du Garde à vue de Claude Miller, l’absurdité bétonnée du Buffet froid de Bertrand Blier et la roublardise scénique du Charme discret de la bourgeoisie de Luis Buñuel, et qui trouverait sa propre poétique cinéphilique à travers l’hybridation de ces trois-là" (mais pas que). Quentin Dupieux, de retour en France après quatre films tournés aux États-Unis, s’amuse des mots et d’un certain cinéma populaire français des années 80 pour livrer un nouvel objet nonsensique dont il a le secret.

Un simple interrogatoire policier, de nuit, va très rapidement se transformer en une histoire à doubles fonds, une divagation à doubles tiroirs avec des personnages qui jouent double jeu (mais en vrai pour de faux). Entre réalité et fiction, entre ce qui est dit, ce qui est montré, ce qui est (re)pensé et ce qui est mis en scène (littéralement), Dupieux mise une fois de plus sur les potentialités de trituration de la narration et du septième art. C’est que la mécanique Dupieux, on connaît depuis le temps ("Rien n’est vrai, tout est permis"), on sait comment ça fonctionne (comme un jeu d’empilement qui s’écroule, se remonte puis se re-écroule), on anticipe et on s’attend à tout (mais sans s’y attendre, évidemment).

D’où peut-être, ici, ce sentiment de frustration et de répétition, de facilité et de banalité (même le twist final laisse de marbre), et ce ne sont pas les différentes infirmités dont souffrent la plupart des policiers (borgne, éclopé, trou dans le ventre…) ni quelques gags désopilants ni ce cadavre dans le placard ni la décontraction de Ludig et Poelvoorde qui vont apporter un surplus d’originalité à une bizarrerie inoffensive, en mode routine. Dupieux reste dans sa zone de confort, en terrain conquis, sans en faire plus, et son film ne va pas plus loin que le petit exercice de style entre amis alors qu’il avait la possibilité d’aller vraiment (mais vraiment) plus loin, vu les circonvolutions surréalistes du scénario (oui, ce n’est pas facile à dire). Dupieux séduit (toujours), mais ne surprend plus (diantre !), et c’est dommage (mais pas grave).


Quentin Dupieux sur SEUIL CRITIQUE(S) : Wrong, Wrong cops, Réalité, Le daim.

Au poste !
Tag(s) : #Films

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