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Le daim

Bon, voilà, t’as vu Le daim, le nouveau film de Quentin Dupieux, et ça t’as fait penser que vers ta vingtaine, alors fraîchement débarqué dans la capitale, t’avais toi aussi un blouson en daim, sans franges et moins cheap que celui porté par Jean Dujardin dans le film, un truc comme ça, et qu’effectivement tu trouvais ça assez stylé, tu te sentais bien dedans, prêt à conquérir Paris, comme dit la chanson, et donc t’as vu Le daim l’autre soir, le nouveau film de Quentin Dupieux, et dedans il y a Jean Dujardin qui porte un blouson moche en daim avec des franges moches dessus et qui va faire des trucs moches après parce qu’il devient fou et qu’il crève de solitude et qu’il est dépressif et qu’il ne sait plus quoi faire de sa misérable vie.

Tu l’aimais bien, ton blouson en daim, en plus toi ça allait niveau mental, t’étais stable tu trouves, t’écoutais pas Joe Dassin et t’avais pas spécialement envie de tuer des gens avec une pale de ventilateur parce qu’ils portaient des blousons qui auraient pu rivaliser avec ton blouson en daim qui te commandait de tuer ces gens qui portaient d’autres blousons pas en daim, et donc dans le nouveau film de Quentin Dupieux que t’as vu l’autre soir, il y a Jean Dujardin qui pendant un peu plus d’une heure traîne son mal-être dans des paysages moches de montagnes moches et dort dans une chambre moche d’un hôtel moche, et qui se met à kiffer le daim comme d’autres kiffent le cuir ou le latex jusqu’à en être recouvert à la fin, des pieds à la tête, genre il se transforme en daim le mec, c’est son devenir daim qui le transcende, transcende son désarroi et sa profonde tristesse.

À côté de ça, il se prend pour un cinéaste, il rencontre une serveuse-monteuse, il a besoin d’argent, il soliloque, il fabule, et ça pourrait parler de ça aussi, une espèce de parabole cinglée sur le cinéma, sur ce qu’est faire un film, sur ce qu’est un film, et Jean Dujardin avec sa barbe et son chapeau ressemble à Terrence Malick, et en même temps tu te rends compte que tu t’en fous parce que le film, avec son image terne et ses décors miteux et son absurdité qui vire au normatif, t’as laissé sur ta faim, presque indifférent, et tu trouves que Dupieux semble arrivé à saturation de non-sens, qu’il ressasse, qu’il devrait tenter autre chose, et tu avais déjà eu ce sentiment-là dans Au poste !, et la seule chose finalement qu’il te reste du Daim, c’est que tu te rappelles que toi aussi, il y a longtemps maintenant, tu portais un blouson en daim.
 

Quuentin Dupieux sur SEUIL CRITIQUE(S) : Wrong, Wrong cops, Réalité, Au poste !.

Le daim
Tag(s) : #Films, #Cannes 2019

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