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American nightmare

Quelle belle idée de scénar quand même : dans une société américaine future pas si lointaine (en 2022 pour être précis) parvenue à "contrôler" la violence et la criminalité, une nuit par an, le meurtre est devenu légalisé pour permettre à chacun de se défouler, de laisser aller ses pulsions primaires et de libérer toute sa haine accumulée pendant 364 jours. Imaginez un peu le truc : votre voisin au troisième vous fait chier depuis des mois avec sa musique de blaireau poussée à fond ? Allez donc le remercier en lui tranchant la gorge. Une connasse qui vous grille la place à la caisse et vous hurle dessus comme du poisson pourri sans même reconnaître qu’elle est en tort ? N’hésitez pas, coup de boule d’abord puis coup du lapin. Votre patron vous saoule, vous méprise, vous harcèle, vous exècre ? Ce soir, c’est bastos dans la tête direct.

Sauf que cette belle idée de scénar n’est jamais concrétisée, exploitée en bloc, et sa soi-disant subversivité se perd rapidement dans un creux narratif indigent. American nightmare hésite trop souvent entre plusieurs genres sans parvenir à trancher, ou même à les connecter, à les emboîter parfaitement : partie de cache-cache dans une maison assaillie (style Panic room) très vite lassante, étude psychologique en famille sur la barbarie humaine (style Funny games), vision politisée sur la légalisation de la violence (style Orange mécanique), exploration des ravages intimes face à notre propre inhumanité (style Les chiens de paille), tout ça pour finir par le spectacle consensuel d’une famille unie défendant son territoire avec, en filigrane, un discours vaseux sur l’argent, le libéralisme à tout va et le cas de conscience.

Et puis les effets censés faire frémir ou faire bondir sont trop attendus, trop prévisibles, trop bidons, et la réflexion développée se résume à des choix moraux inoffensifs ou sans profondeur. Plutôt que d’essayer maladroitement de nous dire quelque chose, plutôt que de s’échiner à créer un vague climat de terreur, plutôt que de faire le malin, James DeMonaco aurait dû y aller à fond et jouer la carte de la pure sauvagerie (sauvagerie plus ou moins tangible dans le dernier quart d’heure) sans faire de chichi. Le potentiel était là (sujet excitant, bonne mise en place, quelques retournements et quelques scènes faisant bonne figure, et le jeune Rhys Wakefield, avec son sourire démesuré à la Joker et son regard fou à la Alex DeLarge, est assez inquiétant), mais American nightmare n’est finalement qu’un produit standardisé et poseur cherchant à jouer les gros durs.

American nightmare
Tag(s) : #Films

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