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La part des anges

QUOI ?! Un prix du jury à Cannes pour ce truc stérile et tout mignon ? C’est une blague ? Et le Audiard, et le Carax, et le Reygadas, et le Resnais (rires) ? Et puis quelle valeur ça donne, rétrospectivement, à Mort à Venise, La reine Margot, N’oublie pas que tu vas mourirCrash ou Red road…? Parce que bon, La part des anges, c’est pas plus bête que ça : vous remplacez le rôle de l’éducateur par Roland Magdane, Gérard Klein ou Mimie Mathy, et vous avez un nouvel épisode du Tuteur, de L’instit ou de Joséphine, ange gardien à Glasgow. C’est con à dire, mais il y a décidément très peu de différences entre ces trois "fleurons", que dis-je, ces trois "fiertés" de notre production audiovisuelle nationale et le téléfilm de Ken Loach avec, comme seules touches d’exotisme, quelques kilts sans rien en dessous et un accent écossais à couper au couteau.

Loach, c’est comme Woody Allen : il est sympa comme tout, il a une bonne tête, il fait un film pratiquement tous les ans, pratiquement toujours le même, et les critiques, obligeamment conciliantes, n’osent pas lui dire qu’il devrait arrêter de faire du cinéma, à l’instar de cette Part des anges qui fait furieusement perdre son temps en plus de décrédibiliser Nanni Moretti. L’histoire n’est pas franchement intéressante (une petite frappette qui en veut et qui veut s’en sortir à l’heure de la crise et de la dette et de la fin du monde et des agences de notation), la mise en scène est inexistante, l’humour zéro (à part le coup de la moto), l’aspect social dérisoire, les situations déjà vues (et parfois arrangeantes) et les rebondissements aussi palpitants que de regarder des mecs en wingsuit se crasher sur YouTube.

Une bande de rigolos, emmenée par Robbie (que cette chienne de vie n’épargne pas, le pauvre, entre gamin à charge, méchante belle famille et rivalités de quartier), se la joue cambrioleurs du dimanche pour aller chouraver du whisky dans une distillerie du coin puis la revendre à bon prix pour se la couler douce. Le problème en fait, c’est qu’on s’en fout com-plè-te-ment, et Robbie peut bien se faire attraper, buter, disserter sur le sens de l’existence ou même embarquer par des aliens, on a en permanence, pendant l’heure et demi entière du film, la moue boudeuse, la dent dure et les yeux lourds face à tant d’insignifiance.

Il n’y a bien que les acteurs qui sauvent le film de l’ennui total (Paul Brannigan, jolie révélation), et on peut au moins saluer Loach pour ça, lui qui aura, tout au long de sa carrière, su dénicher et révéler des talents inconnus (ou peu connus) de la masse grand public (Bruce Jones dans Raining stones, Oyanka Cabezas dans Carla’s song, Martin Compston dans Sweet sixteen, la magnifique Crissy Rock dans Ladybird…). Piètre consolation donc, à l’image de ce prix chagrin décerné à Loach comme on offre un os en plastique à un bon toutou.


Ken Loach sur SEUIL CRITIQUE(S) : Moi, Daniel Blake.

La part des anges
Tag(s) : #Films, #Cannes 2012

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