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The neon demon

Nappes de strass, nappes de synthés, nappes de peaux, nappes d’or, d’or enduit, jeté sur la peau… Et des nappes de néons, en variance, électriques, ceux du dieu démon, ces nappes de lumières crues, truquées, vers lesquelles de jeunes filles s’embrasent, se tordent puis se consument, de gloss, d’éphémère et de faim. Créatures féroces, filiformes et glacées, phosphorescentes dans le noir des clubs ou de la nuit, en lutte contre elles-mêmes et contre l’oubli… Nouvelle figure, diaphane et angélique, sur l’autel de la perfection, Jesse apparaît comme un rêve de délicatesse et d’innocence, de carnages promis autour de piscines vides, mouillées de sang, trempées d’amour à la Báthory.

The neon demon est splendide quand il fétichise, quand il stylise et magnifie clichés et rituels de la mode (shootings, castings, défilés…), parfois jusqu’à l’abstraction (la séance photo sur fond blanc éclatant puis noir prodigieux vers quelques giclées aurifères, sans doute la plus belle scène du film). Quand il corrompt, à l’extrême, la géométrie du corps sublimé, avalé puis réapproprié, d’effusions charnelles en pratiques profanes (auto-éventration, menstruations fabuleuses, nécrophagie, cannibalisme…). La critique, ressassée, d’un monde hostile et pailleté alors se fait autre, fable morbide et onirique sur la beauté flirtant avec le genre, visions dévorantes sur l’illusion du je (et des autres) en milieu fashion. Puis le charme se rompt quand il cherche à créer tout autour une matière plus concrète (petit ami, gérant d’hôtel louche, travail à la morgue…) qui, paradoxalement, l’embarrasse et le soustrait à sa logique purement fantasmatique.

Comme un double exsangue de Mulholland Drive (la jalousie jusqu’à la mort, la célébrité jusqu’au néant…) ou d’un roman de Bret Easton Ellis, de Moins que zéro à Zombies en passant par Glamorama (L.A., cité céleste et maléfique où rôdent mannequins anorexiques, pumas, serial killers et vampires), The neon demon se déploie telle une entité malade et rampante, à l’agonie, à l’image de ces nymphes se convulsant en un mouvement contemplatif, très chic. S'entend à exhaler la malédiction du beau et ses tyrannies variables, mauves ou plus vermillons. À considérer la vanité des apparences derrière l’extase d’un flash. À parfaire, à s’y complaire, en ralentis velours ou sous le tranchant d’un ultraviolet.
 

Nicolas Winding Refn sur SEUIL CRITIQUE(S) : Bronson, Valhalla rising, Drive, Only God forgives.

The neon demon
Tag(s) : #Films, #Cannes 2016

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